A la recherche de nouveaux auteurs

A la recherche de nouveaux auteurs

"Le secteur est très encombré, et il va le demeurer. Cela incite à faire très attention au choix de nos auteurs." Laure Paoli, Albin Michel - Photo Olivier Dion

A la recherche de nouveaux auteurs

Dans un rayon où la thématique a longtemps primé sur l’auteur, les éditeurs recherchent désormais des plumes sachant vulgariser tout en rassurant les lecteurs par leur caution scientifique.

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Par Anne-Laure Walter,
avec Créé le 28.10.2016 à 01h33

Le plébiscite de Giulia Enders ou de Michel Cymes montre à quel point les lecteurs cherchent des livres incarnés par une voix, une personnalité, et avec un style qui aborde les sujets les plus sérieux dans la légèreté. Cet engouement n’échappe pas aux éditeurs, toujours à l’affût de talents à même de porter un discours crédible qui saura toucher un large public. "Le secteur est très encombré, et il va le demeurer. Cela incite à faire très attention au choix de nos auteurs", résume Laure Paoli, directrice éditoriale chez Albin Michel. L’un des principaux pourvoyeurs de plumes dans le développement personnel et le bien-être reste le marché anglo-saxon. "Nous avions repéré Hal Elrod (Miracle morning) dès son autoédition aux Etats-Unis, et acquis les droits très tôt", raconte Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale chez First-Gründ (Edi8).

Cette transposition est moins évidente dans la santé, où il est nécessaire de tenir compte de certaines spécificités françaises. "On n’a pas les mêmes habitudes que les Américains", souligne Karine Bailly, directrice éditoriale chez Leduc.s. D’autant plus qu’un auteur qui ne parle pas français aura du mal à porter l’ouvrage dans l’Hexagone. L’éditeur peut alors avoir recours à un spécialiste français, qui endossera l’ouvrage. Le domaine reste en effet l’apanage des experts, choisis parce qu’ils sont des références dans leur domaine, ou parfois des collectifs.

Bien-être sur Internet

Ils chassent aussi les nouvelles plumes sur internet, plus du côté bien-être que du coté santé. C’est le cas par exemple d’Elodie-Joy Jaubert, alias Sirène Bio sur son blog, qui vient de publier L’art du minimalisme chez Leduc.s. "Je suivais son blog sur la beauté, et quand j’ai vu qu’elle s’intéressait au minimalisme, je lui ai proposé de faire un livre", explique Karine Bailly. "Nous sommes très attentifs aux blogueurs. Avec eux, ce sont des relations de travail différentes : on complète leur public avec celui des librairies, c’est plus un travail de partenariat que dans la relation plus classique éditeur-auteur", ajoute-t-elle. Hachette Pratique a choisi de publier en avril dernier The book des youtubeuses Caroline et Safia. Elles balaient à la fois le secteur de la beauté, du fitness et du bien-être, un cocktail emblématique du secteur. "Le public se rajeunit sur la thématique du bien-être grâce à la beauté", estime Anne Le Meur, directrice éditoriale chez Hachette Pratique. Mais, attention, il faut bien choisir. "Tous les youtubeurs et toutes les youtubeuses à succès ne font pas un livre. De même, une audience importante ne garantit pas la qualité d’un livre", ajoute-t-elle. Une semaine avant la parution de leur ouvrage, les deux youtubeuses ont annoncé qu’elles se séparaient, de quoi donner des sueurs froides à leur éditrice. "C’est une génération qui vient de la téléréalité, relativise celle-ci. C’est une nouvelle façon de penser, ça va très vite. Elles vont aller vers de nouvelles cibles, que nous ne connaissions pas très bien." Une autre façon de renouveler l’approche peut passer par le témoignage, surtout quand c’est celui d’un expert comme pour Renaître, les choix d’un médecin face à son cancer du docteur Gérard Vigneron, paru en septembre au Relié.

Autre biais pour élargir le public, le recours à un illustrateur est de plus en plus courant. Le dessin permet de dédramatiser le discours, comme l’ont fait par exemple l’illustratrice Emmanuelle Teyras et le kinésithérapeute Frédéric Srour dans Même pas mal, chez First. "Cet humour sur un texte de fond est nécessaire, c’est aussi valable parce que les jeunes aujourd’hui ont une habitude de graphisme extrêmement forte", rappelle Elisabeth Darets. Elle cite l’exemple chez Marabout de la collection "comment j'ai décroché de", dont le dernier volume, Comment j'ai décroché de la viande, est paru le 7 septembre.

Quand l’auteur a les deux compétences, l’essai se fait roman graphique. C’est le cas chez Eyrolles avec le Journal d’une hypnothérapeute de Catherine Lefaivre-Roumanoff, paru en mars, ou chez First avec Devenir zen pour les nuls de Leslie Plée, édité fin 2015. Les deux maisons confirment qu’elles considèrent ce médium comme un axe de développement à creuser. "C’est un mode d’entrée dans le livre plus accessible et plus réjouissant qui permet peut-être de toucher un autre public", remarque Gwénaëlle Painvin, responsable éditoriale chez Eyrolles.

Marabout, pionnier dans ce secteur, a décidé de faire un pas de côté avec une nouvelle collection à petit prix. "Zéro blabla" verra le jour en mars 2017. Avec un premier titre consacré au yoga. Ici, pas de blagues dessinées, mais des "facilitateurs de compréhension" ultragraphiques. Une tendance repérée, là encore, sur la Toile.

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