Québec

Les femmes au coeur d'une rentrée littéraire québécoise compliquée

Louise desjardins

Les femmes au coeur d'une rentrée littéraire québécoise compliquée

Comme en France, la rentrée littéraire québécoise doit affronter un marché bousculé par la crise économique. Une production moindre côté fiction, des titres reportés, et une prudence de la part des éditeurs... Parmi les titres de la rentrée littéraire québécoise 2020, une thématique se distingue: les femmes.

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Par Alexiane Guchereau, Vincy Thomas,
Créé le 22.08.2020 à 12h16,
Mis à jour le 22.08.2020 à 13h00

La rentrée littéraire québécoise, majoritairement constituée de nombreux romans traduits ou de rééditions, affronte une crise sans précédent, et une réduction de sa voilure.

Le marché québécois est confronté au même problème qu'en France. Des publications retardées par le confinement printannier lié à la pandémie de Covid-19. Un risque d'embouteillage de parutions. Les deux tiers des éditeurs québécois sont inquiets sur cette rentrée selon un sondage réalisé par l'Anel (Association nationale des éditeurs de livres). D’après les résultats de ce sondage réalisé fin mai, la moitié des 50 maisons d’édition ayant répondu disent avoir reporté de 10 % à 19 % des titres de 2020 à 2021. 70 % des éditeurs sondés prévoient d'annuler ou de reporter certaines parutions prévues pour 2020.

Les éditeurs québécois ont donc étaler leurs sorties, y compris dans des mois habituellement creux comme juin et juillet, avec la publication des nouveaux romans de Marc Séguin et Louis Hamelin. Il s'agissait de compenser la chute des ventes du premier semestre évaluée à 25%. La journée du livre québécois, le 12 août, a cependant été encourageante. Les ventes de livres lors de l'opération "J’achète un livre québécois", auraient été excellentes, selon les premières évaluations des librairies indépendantes. Le site leslibraires.ca a connu une augmentation de plus de 500 % des commandes par rapport à la même date l’an dernier.

7 romans au féminin (pluriel)

Si cette rentrée québécoise n'est pas comme les autres, misant beaucoup sur le poche, sept romans au "féminin pluriel" se distinguent déjà, notamment ceux évoquant la violence faites aux femmes ou entre femmes, le sexisme, les inquiétudes maternelles, la transmission des savoirs entre une mère et une fille, ou le deuil périnatal... 

Avec La fille de la famille, Louise Desjardins, paru le 10 août 2020 aux éditions du Boréal, "nous parle de sexisme ordinaire avec douceur et ironie". Son roman, "qui arrive comme un murmure au milieu du tintamarre et des négociations" a pour toile de fond l'émancipation des femmes dans les années 1960 et 1970.

Toujours dans le passé récent, dans Burgundy, prévu le 15 septembre chez La Mèche, Mélanie Michaud signe une autofiction "à la fois drôle et brutale" située entre le quartier de la Petite Bourgogne dans les années 1980 et la banlieue de Sainte-Catherine, où la narratrice déménage dans dans les années 90.

Chez le même éditeur, le deuxième roman d’Ariane Lessard, prévu en septembre, Ecoles pour filles "explore les pensées fécondes et troubles, lucides et ardentes, d’un groupe d’adolescentes résidant dans un pensionnat" selon le Devoir. Il "choque, dérange et détonne" selon La Presse. "Une fille qui vit avec de la colère et de la violence, c’est vraiment mal vu. On n’en parle pas. Elle ne peut pas vraiment le montrer, et ça se vit d’une façon intérieure" explique l'écrivaine.

Ci-git Margot, prévu le 13 octobre 2020 par L'instant même, soit deux jours avant la journée internationale du deuil périnatal, aborde le sujet douloureux des fausses couches. "Si le sujet est dur, l'écriture de Marielle Giguère est claire et limpide. Sans détour et avec une plume alerte et assumée, elle raconte l’espoir qui accompagne chaque grossesse" précise la maison d'édition.

Le 19 octobre, chez Libre expression, sort Un viol ordinaire de Janette Bertrand. Un homme normal, un soir, oblige sa compagne à faire quelque chose qu'elle ne veut pas. Malgré ses « non » répétés, il ne l'écoutera pas. La mère veut comprendre pourquoi son fils a dépassé les limites. Quelle est sa responsabilité dans son éducation, quelle est celle de son mari, tout aussi normal ? Un questionnement sur une société patriarcale et l'égalité entre les sexes.

Le premier roman de Valérie Chaloux- Gendron, Fais de beaux rêves, prévu aux éditions du Boréal le 22 septembre, lui a valu de figurer parmi les lauréates du programme de mentorat, lors de l'appel à projets lancé en mars 2019 par le volet Arts littéraire de Première Ovation et soutenu par la ville de Québec et l'Institut canadien. Il s'agit de l’histoire d'une femme prête à devenir mère et qui se bat inlassablement contre les forces les plus sombres, la violence qui l’habite, la peur de transmettre la pulsion d’anéantissement qui lie les générations...

Enfin, chez Leméac, le 9 septembre, paraîtra Rayonnements de Ying Chen (L'ingratitude, sélectionné par le Femina en 1995), exofiction autour de Marie Curie et de sa fille Irène. Elle y évoque le destin de ces deux femmes, scientifiques et féministes dont l'empreinte est indissociable des découvertes sur le radium et le polonium, en racontant ces destinées tragiques et exemplaires.

Le retour d'Aki Shimazaki

La rentrée littéraire au Québec peut aussi compter sur les nouveaux romans de Michael Crummey (Les innocents, Leméac), Claire Legendre (Bermudes, Leméac), Claude Champagne (La dernière fois qu'on l'a vu, c'est au Perrette, Stanké),  Jacques Benoît (Confessions d'un extraterrestre, Boréal), Eric Chassé (Un mensonge de trop, Guy Saint-Jean), Gyrdir Eliasson (La fenêtre au sud, La peuplade), Deni Ellis Béchard (Une chanson venue de loin, XYZ) ou encore Catherine Leroux (L'avenir, Alto).

Enfin, du côté d'Actes Sud/Leméac, notons la parution du nouveau roman d'Aki Shimazaki, Suzuran (7 octobre), histoire d'une trentenaire en quête d'une passion qui pourrait la rendre heureuse.

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