Concurrence

Les Libraires soulagés, la Fnac rembarrée, Amazon favorisé

Les Libraires soulagés, la Fnac rembarrée, Amazon favorisé

Entrés en résistance contre l’ouverture des Fnac et prêts à la désobéissance ce matin, les libraires terminent la journée sur une note plus optimiste. Sans toutefois perdre de vue leur principale concurrence : Amazon, qui va se "goinfrer".

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Par Cécile Charonnat, Vincy Thomas,
Créé le 30.10.2020 à 20h34,
Mis à jour le 31.10.2020 à 12h04

Fatalistes et prêts à accepter les mesures liées au confinement après le discours d’Emmanuel Macron mercredi 28 octobre, les libraires ont subi, en moins de 24 heures, un intense ascenseur émotionnel, entre révolte et soulagement.

Le feu aux poudres a été provoqué par l’ouverture des magasins Fnac vendredi 30 octobre, justifiée selon l’enseigne par la présence de matériel informatique et des services après vente.

"Concurrence déloyale", "distorsion de concurrence", "scandale", "aberration", "injustice totale", "inégalités", "cynisme insupportable", les reproches se sont alors accumulés, temoin de la profonde colère qui grondait dans les rangs des libraires.

Révolte saine

"On nous plante un couteau dans le dos. Nous sommes tous conscients du risque sanitaire, je ne veux pas le minimiser, il est majeur. Nous étions tous d’accord pour adapter nos pratiques mais là…", protestait Christel Rafstedt, présidente de l’association des libraires indépendants en Pays de la Loire (Alip) et créatrice du Livre dans la Théière à Rocheservière.  

Totalement révoltés, certains ont même ouvert leur librairie, désobéissant ainsi aux mesures gouvernementales. Samuel Chauveau, propriétaire de Bulles au Mans, l’a fait devant les caméras et les micros à 10 heures. La Comédie humaine à Avignon lui a emboité le pas tout comme Fabienne van Hulle, fondatrice de Place ronde à Lille. Au risque de se prendre une grosse amende.

D’autre s’apprêtaient à franchir le cap samedi 31 octobre, tels Charlemagne à Toulon. Toutefois, devant la décision de la Fnac et des chaînes de supermarchés de fermer leurs rayons culture, le propriétaire de Charlemagne, Olivier Rouard, a décidé d’ouvrir uniquement la papeterie et de maintenir le click & collect pour la librairie.

"J’accepte plus facilement que la Fnac ne vende que des ordinateurs et que les librairies restent fermées plutôt que la Fnac, Carrefour et Amazon vendent de tout et que les librairies restent toujours fermées", salue Matthieu de Montchalin, propriétaire de l’Armitière à Rouen et ancien président du SLF.

Humiliation froide

Cependant, il s'agit bien d'une défaite de l'interprofession. Jamais le secteur ne s'était autant mobilisé, tous unis, pour faire réouvrir les librairies, de l'Académie Goncourt aux auteurs, du SNE au SLF, de François Busnel aux dessinateurs les plus célèbres, des médias généralistes (Le Monde, TF1...) aux réseaux sociaux. Ils n'ont pas obtenu gain de cause. Au lieu de convaincre de leur nécessaire réouverture, les livres ne sont dorénavant disponibles que sur Internet.

"Maintenant, nous nous retrouvons face à notre vrai concurrent, Amazon", pointe avec justesse Stéphan Rocton, des librairies les Pertuis à Saint-Pierre d’Oléron et Le Coureau à Marennes. "Si la cohérence sanitaire est désormais respectée, quid de la cohérence concurrentielle", s’interroge le libraire, néanmoins heureux de voir que le tarif postal privilégié pour les expéditions de livres pour les libraires revient sur la table des négociations.

Soulagé, Rémy Ehlinger, (Coiffard à Nantes) qui avait prévu une action devant la Fnac samedi 31 octobre en compagnie de ses confrères nantais des Librairies complices, regrette toutefois que "les plus grosses ventes de BD de l’année, comme l’Arabe du futur ou Blake & Mortimer, se feront en ligne et chez Amazon puisqu’elles arrivent la semaine prochaine."

Reste donc à espérer que les clients sauront patienter ou privilégier les sites marchands et services de drive mis en place chez la majorité des libraires, afin d’empêcher Jeff Bezos de se "goinfrer", comme le déplore Benoît Bougerol, propriétaire de la Maison du Livre à Rodez et de Privat à Toulouse.





Commentaires (1)

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Dominique

il y a 27 jours à 07 h 40

Nous libraires (avant garde du commerce non essentiel) devons demander que les distributeurs en ligne soient assujettis à une taxe spéciale soutien à la lutte contre le Covid pour aider les commerces "non-essentiels". Cette taxe peut-être différenciée entre ceux qui paient déjà leurs impôts normalement en France et les autres, avec des taux différents.


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