Littérature et démocratie séduisent le public malouin d'Etonnants voyageurs | Livres Hebdo

Par Anne-Laure Walter, à Saint-Malo, le 05.06.2017 à 22h30 (mis à jour le 06.06.2017 à 08h50) Bilan

Littérature et démocratie séduisent le public malouin d'Etonnants voyageurs

De gauche à droite, Jean Rouaud, Patrick Chamoiseau, Jean-Michel Le Boulanger et Christiane Taubira sur "Les enjeux de la culture" - Photo ANNE-LAURE WALTER / LH

Avec le thème de la démocratie en fil rouge, le 28e festival Etonnants voyageurs, qui s’est refermé lundi 5 juin, a attiré 60 000 visiteurs, une fréquentation dans la lignée des trois éditions précédentes.
 

La programmation du 28e festival Etonnants voyageurs articulée autour de la démocratie et la littérature a su séduire le public, réuni du 3 au 5 juin à Saint-Malo. Dès lundi soir, les organisateurs estimaient que la fréquentation serait de l’ordre de 60 000 visiteurs, un " chiffre de fréquentation dans la ligne des trois dernières éditions ", selon le communiqué bilan.
 
L’équipe autour de Michel et Mélani Le Bris, se dit particulièrement satisfaite de "l’adhésion du public aux choix de la programmation" ainsi que de la "meilleure répartition des visiteurs dans les différents sites du festival : toutes les salles ont affiché un taux de remplissage excellent aussi bien sur le site du Palais du Grand Large que dans les autres lieux à travers la ville." Dès le samedi, le Palais a dû à trois reprises bloquer les entrées car les jauges étaient atteintes.
 
Urgence de la littérature
 
Même si la programmation a été quelque peu allégée avec moins de débats d’écrivains et peut être plus de films pour rester dans le budget tout en respectant la réforme sur le défraiement des auteurs mise en application l’an passé par le Centre national du livre, les rencontres sont restées d’un très haut niveau. Avec pour fil rouge la question de la littérature et la démocratie, le festival s’est ouvert par un appel signé par une soixantaine d’auteurs et publié en amont par le 1, dix ans après le manifeste pour une littérature monde en français, pour nous rappeler " l’urgence de la littérature, face aux monstres qui menacent la démocratie".
 
Le public a particulièrement été touché par les interventions d’Edgar Morin, Kamel Daoud, Russell Banks, Patrick Chamoiseau ou Christiane Taubira. Il a pu aussi entendre Laurent Gaudé, Michel Serres, Tahar Ben Jelloun, Mona Ozouf, Erik Orsenna, Josef Koudelka…
 
Bilan économique en demi-teinte
 
Avec près de 300 rendez-vous proposés et des files d’attente qui nécessitent d’arriver près d’une heure en avance pour les rencontres majeures, les festivaliers optent généralement pour un des lieux de la ville et conservent précieusement leur place dans la salle pour la demi-journée. L’espace "Salon du livre", où sont regroupés les stands, pâtit un peu de cette boulimie de rencontres. Surtout que la journée estivale du samedi n’incitait pas les festivaliers à aller sous les chaudes tentes de cet espace.
 
Pour les librairies Critic (Rennes) et l’Atalante (Nantes), les journées de samedi et lundi ont été assez mauvaises en terme de fréquentation mais dimanche a un peu rattrapé le manque à gagner, surtout que l’Atalante accueillait en dédicace Luis Sepulveda, star du festival malouin.
 
" Si économiquement le bilan n’est pas renversant, c’est l’une des plus belle édition pour moi avec une réelle osmose humaine avec les auteurs, les lecteurs. C’est au moins aussi important que l’aspect financier ", déclare Pierre Gros-Velot (Le grenier, Dinan) qui gérait une partie des stands des éditeurs jeunesse. Dominique Fredj (Le Failler, Rennes) avoue que " c’est un vrai plaisir d’avoir sur le stand des personnalités comme Edgar Morin, Henriette Walter ou Victor Remizou. Il s’agit d’une bonne édition même si l’affluence dans l’espace salon du livre est moins forte que l’an passé ".
 
Pour quelques uns, l’édition s’est avérée pourtant meilleure que l’an passé comme pour l’Union des éditeurs de voyage indépendants et notamment un de ses membres, Intervalles qui a vu son activité progresser de 15%. Marie Boisgontier (M’Lire, Laval) constate aussi " une légère hausse par rapport à l’an passé, notamment grâce à la présence de Russell Banks, Kamel Daoud ou Laurent Gaudé. Quant au prix Ouest France Etonnants voyageurs, Marx et la poupée de Maryma Madjidi au Nouvel Attila nous sommes en rupture, les 200 exemplaires ont été vendus".
 
Si tous veulent rester positifs, beaucoup de libraires évoquent cependant la question du prix de l’entrée, frein peut être pour les familles. En effet, l’an passé, devant faire face à des difficultés financières, les organisateurs avaient dû augmenter le prix des billets, le prix d’entrée à la journée était passé à 15 euros. Le festival est de plus payant dès l’âge de 12 ans, ce qui fait vite grimper l’addition pour les familles. Les organisateurs avaient initié la gratuité de l’entrée uniquement dans l’espace commercial entre 18h et 20h, pour drainer un public plus large. Pourquoi ne pas l’étendre à toute la durée du festival ? Encore faut-il trouver un nouvel appui financier du côté des partenaires privés ou publics. Cela fait partie des réflexions qui seront menées en vue de la prochaine édition qui se tiendra du 19 au 21 mai 2018.
 

Les prix d'Etonnants Voyageurs 2017

  • Maryam Madjidi, lauréate du Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs 2017, pour Marx et la poupée (Le Nouvel Attila)
  • Anna Moï et Abdelaziz Baraka Sakin, lauréats des Prix Littérature-monde 2017 pour respectivement Le venin du papillon (Gallimard) et Le messie du Darfour (Zulma)
  • Jean- Pierre Perrin, lauréat du prix Joseph Kessel de la Scam pour Le Djihad contre le rêve d’Alexandre (Seuil).
  • Jean-Louis Gouraud, lauréat du Prix Nicolas Bouvier 2017, pour Petite géographie amoureuse du cheval (Belin)
  • Ian McGuire, lauréat du prix Gens de mer 2017, pour Dans les eaux du grand Nord (10/18)
  • Zéno Bianu, lauréat du Prix Robert Ganzo de poésie, pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de ses deux livres Infiniment proche et Le désespoir n’existe pas (Poésie/Gallimard) et Satori Express (Le Castor Astral)
  • Romain Lucazeau et Ahmed Saadawi, sont parmi les lauréats du Prix de l’Imaginaire 2017, avec respectivement Latium, tomes I & II (Denoël) et Frankenstein à Bagdad (Piranha)


 
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