Livres Hebdo : Vous avez dirigé deux grands festivals à travers le monde, Lyon BD et Beyrouth livres. Aujourd’hui vous sortez votre premier livre, votre première BD. Pouvez-vous nous raconter comment vous êtes tombé dans la marmite ?
Mathieu Diez : Mes premiers souvenirs de BD remontent à Picsou Magazine. Puis j’ai enchaîné avec la bibliothèque de mon père, d’obédience Spirou, lui, avant d’élargir mes lectures pour dévorer à peu près tout ce sur quoi j’arrivais à mettre la main ! Quelques années plus tard, j’ouvre un café culturel à Lyon (Le Café du Bout du Monde). J’y rencontre des auteurs de BD et un libraire : c’est le début de l’aventure Lyon BD. Avec Tout mais pas Beyrouth, j’ai essayé de m’inscrire, humblement, dans une filiation narrative qui va de Joe Sacco et Guy Delisle jusqu’à mes amis Nicolas Wild, Fabien Toulmé et Mathieu Sapin.
Comment avez-vous franchi le cap de la création ? Était-ce le besoin de témoigner ?
Mon imaginaire a en grande partie été façonné par la bande dessinée. Quand j’arrive à Beyrouth en 2021, j’éprouve un vertige en découvrant cette ville fascinante et ses paradoxes. À ce moment-là, j’ai l’impression que des planches de BD se dessinent toutes seules devant mes yeux et je commence à prendre des notes. Si l’envie de faire une BD remontait à loin, cet album est vraiment né à ce moment-là. Et il faut dire aussi que le 7 octobre 2023, la nécessité de m’y attaquer sérieusement s’est fait ressentir en même temps que le sentiment d’incertitude face à l’avenir.
Restitution du festival Beyrouth Livres le 7 octobre 2023 par Jibé- Photo DELCOURTPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Vous connaissiez déjà bien le métier avant, mais avez-vous connu quelques surprises en passant de l’autre côté du miroir, en devenant auteur ?
Je vois deux volets dans cette « vie d’auteur ». Le premier, c’est le temps de la création, qui s’est achevé il y a quelques mois. J’ai adoré ça : la relation avec Jibé, qui a fait un travail formidable, le fait d’aller dans le détail, de voir et de revoir les planches. Le second volet, c’est la vie du livre. Elle commence aujourd’hui avec la sortie, et j’ai hâte d’accompagner cet album, d’en parler et d’avoir des retours !
Le trait de Jibé a su rendre justice aux lumières de Beyrouth. C’est sa première BD à lui aussi. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre collaboration ?
Pour lui rendre justice, il a déjà plusieurs albums à son actif. Mais c’est son premier « long métrage » de bande dessinée. J’ai adoré travailler avec lui : j’envoyais du script et, quelques jours plus tard, je recevais des planches de BD, c’était magique de voir mon texte, et un peu de ma vie, devenir des pages. Ensuite nous avons beaucoup travaillé pour coller au mieux – dans le trait comme dans le scénario – au Liban, en allant dans le détail.
Les premières signatures de Mathieu Diez et Jibé
- Vendredi 13 mars, de 16h à 19h, à la librairie La Bande Dessinée à Lyon (Réservation conseillée auprès de la librairie) au 50 Gd Rue de la Croix-Rousse, 69004 Lyon.
- Mercredi 18 mars : rencontre croisée à partir de 19h30 avec l’auteur Charles Berberian (qui cosigne Et toi, comment ça va ? avec Michèle Standjofski chez Casterman) à la Librairie Le Monte-en-l’air à Paris, 2 Rue de la Mare, 75020 Paris.
- Samedi 21 mars de 15h à 16h au Théâtre Comédie-Odéon à Lyon (lien pour s’inscrire à l’évènement). Suivi d’une séance de dédicace, 6 Rue Grolée, 69002 Lyon.
- Samedi 9 mai à la librairie Stefan, à Beyrouth (sous réserve).
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Plusieurs personnes m’ont confié qu’elles vous verraient bien à la tête d’Angoulême, mais quels sont vos projets à vous dans les temps qui viennent ?
Je remercie ces personnes mais ce n’est pas dans les tuyaux, non. Après ces quelques années assez intenses, j’ai envie de me consacrer principalement à des projets créatifs et d’écriture. Je travaille actuellement à une exposition que nous écrivons à quatre mains avec Serge Bloch. Elle sera présentée au Lakes International Comic Art Festival au mois de septembre prochain, dans le Lake District au Royaume-Uni et s’intitulera Not That Into Comics… Et maintenant que j’ai tenu mon premier livre entre les mains, je vais m’autoriser à penser au suivant.
Quelles nouvelles du Liban pouvez-vous nous donner ?
J’ai ressenti une immense tristesse il y a quelques jours lorsque les frappes israéliennes ont repris sur Beyrouth. J’ai pu échanger avec mes amis là-bas, qu’ils soient expatriés ou libanais. Tous expriment à la fois une grande colère et une profonde lassitude à revivre une guerre qu’ils pensaient, une fois de plus, derrière eux.

