Avant-Critique Essai

Monique Canto-Sperber, "Une école qui peut mieux faire" (Albin Michel) : Pour une école plus libre

Monique Canto-Sperber, "Une école qui peut mieux faire" (Albin Michel) : Pour une école plus libre

Monique Canto-Sperber - Photo © Samuel Kirszenbaum

Monique Canto-Sperber, "Une école qui peut mieux faire" (Albin Michel) : Pour une école plus libre

Monique Canto-Sperber plaide pour une réforme éducative avec des établissements plus autonomes.

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Par Laurent Lemire,
Créé le 26.08.2022 à 14h00

La rentrée est traditionnellement propice à la publication d'ouvrages consacrés à l'école, souvent pour dénoncer les sureffectifs dans les classes ou les difficultés pour les professeurs à enseigner. Le propos de Monique Canto-Sperber est tout autre. Il s'agit de comprendre pourquoi le modèle éducatif français décroche dans les classements internationaux et comment y remédier. Directrice de recherche au CNRS, philosophe, spécialiste de la pensée morale et politique contemporaine, ancienne directrice de l'École normale supérieure, elle est également l'auteure de Sauver la liberté d'expression (Albin Michel, 2021), essai qui avait tutoyé les 8 000 exemplaires. Cette fois, il s'agit de sauver l'école, ou du moins de la remettre à flot. La scolarisation de masse, consécutive à l'augmentation du nombre d'élèves, n'a pas entraîné une réussite de masse. Un quart des élèves ne maîtrise ni la lecture ni l'écriture à leur entrée en 6e et près de deux tiers des bacheliers n'obtiennent pas leur licence et quittent l'université.

Derrière l'appréciation « peut mieux faire » du titre, il y a donc une réflexion sur le système éducatif et sur les réformes à mener. Pourquoi en effet l'école française peine-t-elle tant à s'adapter au nouveau contexte mondial ? On a vu récemment de jeunes élèves réfugiés ukrainiens en primaire être bien plus performants en maths que leurs camarades français. Pour Monique Canto-Sperber, la raison de ce déclassement pourrait se résumer à un mot : autonomie. L'école française en manque singulièrement. Et pourtant, renouer avec cette autonomie, autour d'un projet éducatif commun défini par l'État, ce serait renouer avec l'héritage républicain de la IIIe République. Après ce rappel historique, Monique Canto-Sperber envisage des « écoles autonomes publiques » pour les établissements qui le souhaiteraient autour d'un contrat pédagogique avec l'État. Elle s'appuie sur les exemples des « écoles libres » suédoises, des charter schools américaines ou des free schools britanniques. Toutes sont financées en grande partie par l'État, ne choisissent pas leurs élèves, fonctionnent de manière autonome et leurs résultats sont probants.

Le contrat, l'autonomie pédagogique et l'autonomie de gestion sont donc pour elle les éléments constitutifs d'une réforme. Cette approche libérale d'une école « à la carte » qui tient compte des spécificités locales tout en gardant une base commune fera grincer les dents dans les syndicats de profs. Il n'empêche, cet essai documenté pose les bases d'une réflexion sur la manière de transmettre et d'assimiler. L'enseignement d'un programme commun n'oblige pas à l'être partout de la même façon. Les établissements pratiqueraient ainsi « l'indépendance dans l'interdépendance » pour reprendre une formule d'Edgar Faure. En tout cas, l'éducation se trouvant au cœur du second quinquennat d'Emmanuel Macron, cet ouvrage s'avère une participation importante au débat sur l'école de demain.

Monique Canto-Sperber
Une école qui peut mieux faire
Albin Michel
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 14 € ; 150 p.
ISBN: 9782226474339

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