Journal du confinement

Nathalie Iris : "le roman d'Olivia Ruiz sera un très bon roman d’après-confinement"

Nathalie Iris - Photo DR.

Nathalie Iris : "le roman d'Olivia Ruiz sera un très bon roman d’après-confinement"

Quatorzième  épisode du Journal du confinement de Livres Hebdo, rédigé à tour de rôle par différents professionnels du livre. Aujourd'hui, Nathalie Iris, libraire indépendante à La Garenne-Colombes (Mots en marge).

Par Michel Puche,
Créé le 01.04.2020 à 18h00,
Mis à jour le 01.04.2020 à 18h00

« Nous entamons la troisième semaine de confinement. Chaque jour, le réveil est étonnant. Le calme règne à La Garenne-Colombes [Hauts-de-Seine], pas un bruit. D’habitude, le matin tôt, le monde s’agite, les rues sont remplies de gamins que leurs parents déposent à l’école avant d’aller travailler, ça piaille dans tous les sens. Depuis le 17 mars, à cette heure de pointe, la ville est déserte.

Je ne cède rien à mes habitudes : je continue à me lever à 6 heures, pour avoir deux heures de « liberté » devant moi, consacrées à la lecture, à la réflexion et à un peu de sport. D’ordinaire, après ce moment indispensable à ma santé mentale et physique, je me rends à la librairie pour commencer ma journée de libraire. Depuis quelques jours, il n’en est rien, alors j’essaie de faire chez moi ce que je peux en rapport avec mon métier : j’allume mon ordinateur, je consulte ma messagerie, je m’informe de l’actualité littéraire et, bien sûr, de tout ce qui concerne l’évolution de la situation. Je réponds aux mails, ceux des clients, des confrères, de la profession. J’en profite aussi pour mettre à jour le site Internet de la librairie, poster des coups de cœur sur les réseaux.

Tout à l’heure j’irai faire un saut à la librairie, à 800 mètres de chez moi, pour refaire ma vitrine. Car la librairie est mitoyenne avec une boucherie, alors les gens regardent avec intérêt la devanture tout en faisant la queue pour s’approvisionner chez le boucher. Le moindre contact avec les lecteurs est important dans cette petite ville où les commerçants de quartier sont très appréciés.

« Des clients formidables »

Pour pallier la fermeture, au début, j’avais mis en place un service de livraison à domicile mais les règles de confinement m’ont obligée à arrêter. J’ai voulu instaurer un service de « click & collect » à la librairie ; mais la police municipale est venue m’informer que le magasin devait rester fermé. Entre-temps, ce système s’avère probablement autorisé et j’ai décidé aujourd’hui de me pencher sur cette question, en demandant précisément aux services de la mairie dans quelle mesure il est possible de le remettre en place, en organisant une permanence de conseil téléphonique à des horaires précis. Il faut dire que mes clients sont formidables, ils m’envoient des messages de soutien à la librairie qui me touchent beaucoup et voudraient bien pouvoir m’acheter des livres.

Je vais aussi appeler les trois libraires qui travaillent avec moi et qui sont confinées chez elles. Nous faisons régulièrement des réunions virtuelles, ça aide à garder le moral.

Il y a aussi les éditeurs, parce que la chaîne du livre est importante. Certains m’envoient des pdf des livres à paraître, une manière de rester en contact. J’ai ainsi lu et aimé le livre d’Olivia Ruiz (La commode aux tiroirs de couleurs) qui a été reporté à la mi-mai. Ce sera un très bon roman « d’après-confinement ».

Les auteurs sont aussi présents et m’envoient des petits textos chaleureux, j’avoue que cela me fait tenir bon.

Un petit mot sur le prix des Libraires, dont je suis la présidente, aux côtés de dix autres libraires dont Stanislas Rigot (librairie Lamartine) et Antoine Bonnet (librairie Michel), et qui bat son plein. Nous sollicitons en ce moment tous les libraires indépendants de France pour qu’ils votent afin d’élire le lauréat 2020. J’occupe donc une partie de mon temps journalier, en ce moment, à « battre le rappel » pour inciter les libraires à voter. Encore aujourd’hui je vais m’y atteler.

« Je piaffe d’impatience »

Et puis, bien sûr, je lis, je lis ! C’est l’occasion de se jeter sur les bons gros pavés qu’on voulait lire depuis un certain temps et qu’on a laissé passer. En ce moment, je dévore Le Sport des rois, qui vient de paraître en Folio. Un roman de 800 pages absolument formidable, je suis bluffée par l’écriture de C. E. Morgan et une fois de plus je remercie l’éditrice de Gallimard, Marie-Pierre Gracedieu, de nous avoir gâtés avec ce chef-d’œuvre.

Voilà à quoi ressemble une journée de confinement parmi d’autres. Comme tout le monde, je piaffe d’impatience et je m’inquiète car la trésorerie de la librairie est fragilisée par cette situation. Mais mon tempérament optimiste m’incite à penser que de beaux jours reviendront, sinon à quoi bon ? »

Et vous ? Racontez-nous comment vous vous adaptez, les difficultés que vous rencontrez et les solutions que vous inventez en écrivant à: confinement@livreshebdo.fr

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