C’est une adresse engagée bien connue des lectrices et des lecteurs niçois. Fondée en 2018 par Anouk Aubert et Maud Pouyé, la librairie féministe Les Parleuses a annoncé ce vendredi 3 avril sur Instagram sa fermeture définitive le 13 mai prochain. Mais les deux cogérantes, compagnes à la ville comme à la vie, restent attentives à d’éventuelles propositions de reprise.
« Cette décision est à l’œuvre depuis quelque temps déjà », affirme Anouk Aubert auprès de Livres Hebdo. Évoquant de « nouvelles aspirations personnelles », la libraire précise : « Avec Maud, on a un peu fait le tour de la librairie militante. Évidemment, ces huit années ont été extraordinaires, elles ont fortement contribué à notre formation intellectuelle, c’est indéniable, mais aujourd’hui, nous n’avons plus vraiment envie de vivre en ville ».
Une nouvelle aventure dans le livre ?
Les deux libraires ont ainsi choisi de s'éloigner du brouhaha de la préfecture des Alpes-Maritimes, désormais dirigée par Éric Ciotti, pour s’installer dans une petite commune du Vaucluse. Discrètes sur leurs futurs projets, elles assurent néanmoins vouloir rester dans le monde du livre.
D’ici là, elles continueront de prendre part à la vie littéraire locale, aux côtés de leur salariée, qui a d’ores et déjà trouvé un poste dans une autre librairie niçoise, en participant au festival du livre de Nice en mai, puis à celui de Mouans-Sartoux en octobre. Le 13 mai, jour de la fermeture, l’équipe marquera également le coup en organisant une fête au sein de la librairie, comme un ultime moment de partage avec ses lectrices et lecteurs.
« On adorerait que quelqu’un reprenne la librairie »
Ce calendrier laisse donc encore la possibilité à des repreneurs de se manifester. « On adorerait que quelqu’un reprenne la librairie, et on serait ravies d’accompagner la reprise ! », ajoute Anouk Aubert, précisant que le local est actuellement en vente via une agence immobilière.
D’autant que l’établissement affiche une santé globalement solide : « À l’exception de cette année, où tout le monde connaît une baisse d’environ 10 % de son activité, la librairie n’a jamais fermé un compte en huit ans d’existence. Son seul découvert remonte au Covid, alors que nous étions ouvertes depuis seulement 18 mois. »
Créée par deux anciennes professeures, Les Parleuses s’était rapidement imposée comme un lieu singulier du paysage niçois. Sur un peu plus de 50 m², la librairie proposait une programmation dense et cultivait une atmosphère conviviale, notamment grâce à sa licence IV. Elle accueillait régulièrement des rencontres autour d’un projet engagé et résolument tourné vers les questions féministes et de genre.
Victime de censure
Une ligne éditoriale assumée, mais pas au goût de tous. En décembre 2022, à l’occasion de la venue de la journaliste et autrice Hélène Devynck pour son livre Impunité (Seuil), des colleuses avaient apposé un message militant sur la vitrine de la librairie, alors que l'ancien ministre de l'Intérieur, Gérard Darmanin, accusé alors de viol et depuis relaxé, venait visiter le futur hôtel de police de la ville. Des policiers avaient occulté la devanture de la librairie à l'aide d'un panneau noir pour dissimuler l’inscription. Une action dénoncée en justice par l’équipe de la librairie.
En janvier dernier, le tribunal administratif de Nice a d’ailleurs reconnu l’illégalité de cette action, condamnant l’État pour atteinte à la liberté d’expression. Les Parleuses ont obtenu 41,75 euros pour l’interruption de leur activité, ainsi que 2 000 euros au titre du préjudice moral et réputationnel, tandis qu’Hélène Devynck a reçu 1 000 euros au titre du même préjudice.
