« Jeudi soir, alors qu'on nettoyait la vitrine, on s’est dit qu’on avait de quoi faire les cafés, alors on a ouvert », raconte Lavinia Palmart, cofondatrice de L’Agora, contactée par Livres Hebdo. La librairie indépendante a ouvert ses portes vendredi dernier dans le centre-ville de Nîmes.
Nichée dans un vaste local de la rue Général-Perrier, L’Agora se distingue par une approche qui dépasse largement le simple commerce du livre. Le lieu s’étend sur près de 280 m², dont 120 m² de surface commerciale répartis sur quatre niveaux. Il réunit une librairie, un salon de thé, un espace détente ainsi qu’une salle de jeux vidéo. Pour ses fondateurs, Jordan Cluze, 33 ans, et Lavinia Palmart, 28 ans, il s’agit de repenser la librairie autour de la convivialité et des échanges. « Ce qu’on aime, ce sont les rencontres et le partage », résume la libraire.
Né d’une passion commune
Le projet trouve son origine dans la rencontre du couple à l’université de Nîmes en 2017. Jordan Cluze, originaire de Romans-sur-Isère, envisageait d’abord une librairie plus classique. Mais au fil de leurs expériences professionnelles respectives, chacun en librairie, lui en indépendant et elle à la Fnac, leur vision évolue.
Après plusieurs mois de recherche, ils trouvent finalement ce local en 2025. « Jordan a écumé toutes les rues de Nîmes. On ne voulait pas commencer petit », raconte Lavinia Palmart. Pendant six mois, le couple mène les travaux tout en constituant progressivement le fonds de la librairie.
Une large place accordée aux livres d’occasion
À rebours des grandes enseignes culturelles, L’Agora mise sur une sélection plus restreinte. Le livre neuf occupe seulement deux étagères de l’établissement, dédiées à la fantasy, la romantasy et la science-fiction. « On veut maîtriser ce qu’on fait entrer en neuf », souligne Lavinia Palmart.
Mais le fonds de commerce de l’établissement, c’est l’occasion. Littérature blanche, ouvrages jeunesse, cuisine, jardin, biographies ou même livres en anglais composent les rayons. « Beaucoup de personnes à travers le Gard nous ont donné des livres pour soutenir le projet », explique la libraire.
Les clients peuvent également apporter leurs propres livres afin de leur donner une seconde vie. En fonction de leur état et de leur ancienneté, ces ouvrages leur permettent de cumuler des points, qu’ils peuvent ensuite utiliser dans la librairie ou au salon de thé.
Jeux vidéo et salon de thé
L’Agora s’organise aujourd’hui sur plusieurs niveaux. Le rez-de-chaussée est consacré à la librairie, tandis que le premier étage accueille un salon de thé proposant boissons et pâtisseries maison inspirées de la littérature, dont la fameuse « Madeleine de Proust ». Un espace détente avec canapés complète également les étages supérieurs.
Enfin, au sous-sol, Jordan Cluze a aménagé une salle de jeux vidéo accessible gratuitement pour les clients du café.
Des animations culturelles à venir
Au-delà de la librairie, le couple souhaite faire vivre le lieu à travers des ateliers d’écriture, conférences, lectures et séances de dédicaces. La première rencontre littéraire est programmée le 13 juin avec l’autrice Célia Ibanez, marraine de la librairie et créatrice de la série de science-fiction H+, parue en autoédition.
Jordan Cluze et Lavinia Palmart entendent d'ailleurs soutenir les auteurs autoédités en leur proposant des espaces de dépôt-vente. « L’édition est de plus en plus fermée et saturée. On veut donner de la place aux auteurs indépendants et encourager une autre manière de consommer la littérature », souligne Lavinia Palmart.
Malgré la présence de nombreuses librairies indépendantes à Nîmes ainsi que d’une Fnac et d’un Cultura à proximité, les fondateurs estiment proposer une offre complémentaire, fondée sur un modèle hybride centré sur le livre d’occasion et les échanges culturels.
