Oui, ouvrons les bibliothèques! | Livres Hebdo

Du côté des lecteurs ?

Claude Poissenot

Claude Poissenot est sociologue, enseignant-chercheur à l'IUT "Métiers du livre" de Nancy, membre du CREM (Centre de Recherche sur les Médiations - http://crem.univ-lorraine.fr/) à l'Université de Lor raine. Ses travaux portent notamment sur les publics des bibliothèques mais aussi sur la lecture et ses représentations. Depuis plusieurs années, il cherche à mettre les bibliothèques plus en phase avec la population desservie. Il a tissé des pistes dans La nouvelle bibliothèque (Territorial Editions). lire la suite

Il y a 6 ans 6 mois - 11 commentaires Débat

Oui, ouvrons les bibliothèques!

Les horaires d’ouverture des bibliothèques font débat. Saluons l’initiative de Patrick Weil et de BSF qui ont lancé la pétition http://ouvronslesbiblio.fr. C’est rare que les bibliothèques publiques intéressent les médias nationaux et les voilà mises en avant grâce à cette initiative !

La mobilisation des professionnels via leurs associations, syndicats, revues ne peut produire un tel résultat. Si le rapport de G. Perrin d’avril 2008 (Améliorer l’accueil dans les bibliothèques : propositions pour une extension des horaires d’ouverture accessible ici) avait suscité de l’intérêt c’est surtout au sein de la profession. Il faut un appel de la société civile rassemblant des usagers, des citoyens, des figures médiatiques pour que le sujet devienne d’intérêt public. Les bibliothèques ne sont plus seulement des institutions tenues par une logique administrative abstraite mais elles sont vécues, appropriées par la population. La pétition regorge ainsi de déclarations d’amour aux bibliothèques, telles celle de Guibert Beneteau (37) : « Vive la lecture publique, outil premier de l'éducation populaire. Vive les bibliothèques ouvertes à l'heure du déjeuner, du goûter et du dîner. Vive les bibliothèques ouvertes le dimanche, pour s'y glisser entre deux étals de marché ».
Ou celle de Guy Bellinger (57) : « Ouvrir les magasins 24 heures sur 24 et le huitième jour de la semaine, on nous en rebat les oreilles. Mais permettre l'accès de la lecture pour le plaisir ou à fin de recherche, jamais. Bravo de le faire ». Ou enfin celle de Ale Guire (89) : « Parce qu'enfant ma mère m'emmenait à la bibliothèque et maintenant, ça me manque. C'est un lieu magique et unique pour apprendre, découvrir, voyager et rencontrer. Merci pour cette initiative ! ».

Ces signes d’intérêt fournissent aux professionnels une reconnaissance publique. Ils reçoivent déjà des sourires et des remerciements pour les services qu’ils rendent mais ils ne reçoivent pas souvent la lumière médiatique à même de valider publiquement et collectivement leur profession. Et les élus ne sont pas toujours très attentionnés à leur égard ce qui constitue parfois une souffrance réelle. Le succès de cette pétition fournira aux professionnels et à leurs représentants (l’ABF vient de soutenir la pétition) des arguments pour convaincre les élus de leur fournir des moyens pour ouvrir davantage. Si ces derniers tirent fierté à inaugurer des établissements modernes et flatteurs, il faudrait qu’ils puissent également en tirer de l’étendue et de l’adéquation des horaires d’ouverture aux aspirations et modes de vie des populations auxquelles les bibliothèques s’adressent.  Ils sont placés devant leur responsabilité car les cas sont fréquents de collectivités qui sollicitent particulièrement les bibliothèques pour réduire leur masse salariale par le non remplacement de professionnels partis en retraite par exemple. Ils pourront utiliser des prises de positions telle celle de Dion (34) : « Ville d'agde : il y a encore 1 an la médiathèque était ouverte le dimanche, le maire a décidé de la fermer, résultat : plein de personnes n'y vont plus ....l'accès à la culture ça doit être ouvert tous les jours ... ». Ou encore celle d’Anna : « Cela fait 10 ans que je répète cela aux dirigeants de ma ville à St Denis, ouverte le soir et les weekends entier la médiathèque peut être le premier lieu culturel et social d'une ville. Au moins jusqu'à 22H30 tous les SOIRS. »

Mais cette dynamique favorable aux bibliothèques implique aussi les professionnels dans la définition de leur métier. La part du temps de travail des bibliothécaires consacrée à l’ouverture des établissements n’est pas toujours optimale et il ne faudrait pas casser cette dynamique émergente par des revendications excessives. Comme le rappelle cette ancienne professionnelle : « Voir l'exemple des bibliothèques nord-européennes. Pas besoin de personnels supplémentaires ». Et cette prise de position se retrouve chez sa collègue en poste en Mayenne : « Je suis bibliothécaire, c'est sûr que cela changera mes conditions de travail mais un service public n'est-il pas fait pour accueillir le public ? ». L’avenir des bibliothèques…
 
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