Matière première

Papier : la peur de la pénurie

Papier : la peur de la pénurie

Le prix du papier augmente et les délais de livraison s’allongent, plongeant dans l’incertitude éditeurs et imprimeurs. Si aucune pénurie majeure n’est à craindre d’ici la fin de l’année, des ruptures ponctuelles sont possibles. La tendance pourrait s’aggraver en 2022.

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Par Charles Knappek,
Créé le 27.08.2021 à 19h26,
Mis à jour le 27.08.2021 à 20h00

La filière du livre va-t-elle manquer de papier ? L’inquiétude monte à mesure que s’allongent les délais d’approvisionnement et que grimpent les prix. « Sur certaines références, nous sommes passés d’un mois à quatre mois de délai, observe Hubert Pédurand, P-DG de l’imprimerie Laballery. Et d’ici la fin de l’année le papier bouffant aura subi une hausse de +14 %. C’est encore plus important sur l’offset, qui aura augmenté de +16 % après la nouvelle revalorisation qui s’annonce pour le 1er octobre. »

Plusieurs facteurs expliquent la tendance actuelle. Le premier, sans doute celui qui inquiète le plus les éditeurs, est la fermeture ces dernières années de plusieurs sites de production de papier : le recul structurel depuis plus de 15 ans de la consommation de papier à usage graphique a en effet conduit de grands groupes comme Stora Enso ou UPM à réduire leurs capacités.

Problème : en cas de hausse soudaine de la demande, comme c’est le cas aujourd’hui dans un contexte de sortie progressive de la crise sanitaire et avec des ventes de livres qui ont progressé de 20% depuis janvier, les usines ne peuvent plus suivre et les délais s’allongent. Dans ce contexte, « la fermeture de capacités crée une forme de panique sur le marché qui incite les éditeurs à vouloir plus rapidement du papier, juge Guillaume Le Jeune, président de Culture Papier, association regroupant les acteurs de la filière papier. La peur de manquer engendre une augmentation de la demande, certains éditeurs cherchant à se constituer des stocks. »

Hausse des coûts

En parallèle, les imprimeurs sont confrontés à un mouvement de hausse du coût des matières premières. « Le prix de la pâte à papier a augmenté de 40 à 50 % au cours des huit derniers mois, rappelle Paul-Antoine Lacour, délégué général de l’Union française des industries des cartons, papiers et celluloses (Copacel). Ce phénomène est notamment lié à la demande très forte de la Chine, qui absorbe presque la moitié de la consommation mondiale. » Bois de construction, produits d’hygiène et cartons d’emballage destinés au e-commerce captent aussi une large part de la production de bois, parfois au détriment du papier graphique, certains imprimeurs allant jusqu’à reconvertir leurs machines pour produire davantage de cartons. Enfin, la désorganisation des flux logistiques mondiaux par voie maritime, conséquence de la pandémie de Covid-19, fait exploser le prix du container, en hausse de +300 à +400 %. Quand il n'y a pas un problème d'approvisionnement lorsque la Chine ferme ses plus grands ports soudainement.

Autant de circonstances qui alimentent, en bout de chaîne, l’inquiétude des éditeurs. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne : si les grands groupes ont les moyens de se constituer des stocks stratégiques, petits et moyens éditeurs peinent davantage à établir des prévisionnels fiables et subissent plus durement les aléas du marché.

Prévisionnel incertain

Au Bélial, éditeur spécialisé en imaginaire, le cofondateur Olivier Girard observe une hausse du prix comprise entre +4 et +7 %, selon la nature du papier. « La très grande majorité de nos titres sont publiés en noir dans une même gamme de papier dont l’augmentation du prix se situe autour de +4 à +5 %, signale-t-il. Pour le moment nous ne prévoyons pas de répercuter la hausse sur le prix de nos livres, mais il faudra sans doute en reparler dans six mois si la situation ne s’améliore pas. »

Aux éditions Paulsen, qui publient une trentaine de livres par an, la directrice Isabelle Parent indique pour sa part tout mettre en œuvre pour ne pas répercuter les hausses de prix sur les livres : « Dès cet été, nous avons établi avec notre imprimeur italien Ermes Graphic un prévisionnel qui va jusqu’à début 2022. Nous avons le stock. »

La tâche est compliquée pour les imprimeurs : « Même si les délais s’allongent, nous avons une vision assez fine du timing pour les commandes des clients grands comptes, en particulier sur les papiers de qualité standard, détaille Jean-François Naviner, responsable avant-vente, fabrication et achats papier chez Dupliprint. Il est en revanche plus difficile de répondre aux demandes one-shot pour lesquelles il n’y a pas eu d’anticipation. »

La gestion des surstocks représente une autre source de complication. Les éditeurs n’ayant pas toujours anticipé la demande soutenue des mois de juillet/août, les imprimeurs n’ont pas été mesure de produire autant que souhaité. Chez Laballery par exemple, les capacités de production, réduites pour cause de congés pendant les vacances d’été, ne retrouveront leur maximum que la première semaine de septembre. « Nous ne pourrons reprendre des stocks qu’à partir du moment où la production aura repris à plein », précise Hubert Pédurand.

A moyen terme, la hausse du prix du papier ne semble pas devoir s’arrêter. Mais selon Paul-Antoine Lacour, elle reste à relativiser. « Les niveaux de prix actuels sont inférieurs à ceux du premier trimestre 2019, rappelle-t-il. Le prix du papier a constamment baissé ces deux dernières années et n’a commencé à remonter qu’à partir du printemps 2021. »

 

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