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Retour sur le festival L’Art de lire à Ramatuelle

Festival L'Art de lire à Ramatuelle

Retour sur le festival L’Art de lire à Ramatuelle

Le festival L’Art de lire à Ramatuelle s’est déroulé pendant le week-end du 9 juin sur la presqu’île de Saint-Tropez. Reportage.

Par Jacques Braunstein, à Saint-Tropez
Créé le 15.06.2023 à 10h00

Le festival L’Art de lire à Ramatuelle s’est déroulé dans le village éponyme, celui des plages de Pampelonne, au cœur de la presqu’île de Saint-Tropez, le week-end du 9 juin. Créé l’année passée, le prix Pampelonne Ramatuelle, décerné à « une biographie, une autobiographie ou [au] récit d’un grand destin », s’est transformé cette année en un festival, dont il reste l’événement principal. L’Art de lire à Ramatuelle 2023 accueillait notamment un « concert-lecture » de Louis Bertignac – à l’occasion de la sortie de l’autobiographie de l’ancien guitariste de Téléphone, Jolie petite histoire (Le Cherche midi, 28 avril), une exposition de Riad Sattouf, le dessinateur de L’Arabe du futur et du Jeune acteur, et des signatures à la librairie en plein air dans la pinède du vignoble de Fondugues-Pradugues. Parmi les auteurs présents, signalons trois des finalistes : Florence Ben Sadoun (Joan Mitchell, La Fureur de peindre, Flammarion), Maria Larrea (Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, Grasset) et Marianne Vic (Le Prince de Babylone, Seuil), qui a remporté le prix. Les membres du jury : David Foenkinos, son président, Stéphane De Groodt, Rachel Khan, ou Émilie Frèche… Mais aussi la journaliste et humoriste Julie Mamou-Mani, mieux connue sous le nom de Mamouz. Et Tonino Benacquisata, lauréat 2022, et la biographe de Stephen Zweig notamment, Catherine Sauvat, qui ont remis ensemble un prix de la nouvelle autobiographique à Camille Loisel, une des 30 élèves du lycée du golfe à avoir participé au concours de nouvelles organisé au sein du festival.

Alexis Trégarot, un des deux organisateurs, avec Virginie Martin, dresse un premier bilan de cette manifestation : « Mon souci de tous les instants, c’est de faire en sorte que la couleur de notre festival corresponde à ce que nous voulions en faire. Que ce soit bien organisé, mais que ça garde un petit côté artisanal, accidenté. Et qu’en même temps, tout le monde ait eu le sentiment de vivre un moment d’exception. Le public, les habitants du village, les jurés, les auteurs, les invités… » Il constate que leur festival est « bien aidé par le lieu. Cette presqu’île qui offre des endroits et des ambiances formidables. Mais du coup, en termes de production, c’est compliqué de trouver les moyens dans une région où rien n’est donné, pour parler par euphémismes ». À la question de savoir comment transformer un prix en festival, il répond : « Nous voulons garder le prix littéraire comme point d’orgue de la manifestation. Mais que l’entrée de la biographie et de l’autobiographie soit déclinée sur d’autres supports artistiques : la musique et la BD cette année, l’art contemporain ou le cinéma par la suite. »

Le rôle du libraire

« Le partenariat avec le libraire Blaise Renaud, dont l’établissement se situe à Cogolin, à une dizaine de kilomètres, est essentiel. Ce serait exagéré de dire que c’est pour lui qu’on fait ça, mais notre point de départ, c’est de nous dire que le livre n’est pas présent sur la presqu’île, alors que des centaines de milliers de gens y viennent l’été. On l’associe donc à tout l’événement. C’est lui qui va assurer la présence du livre sur toute la presqu’île pendant tout l’été, en en mettant dans les cafés, sur des plages, dans des vignobles. Il fait l’interface avec les éditeurs et leurs services commerciaux, est très heureux que l’on fasse ça, et sa complicité est sans limite. »

Le prix bénéficie également de l’aide de la mairie de Ramatuelle. « Le maire, Roland Bruno, nous a autorisés à associer le nom de son village, qui est mondialement connu, à un prix, poursuit Alexis Trégarot. La mairie attribue une dotation de 5 000 euros au prix, et fait également un don au prix jeunes de 500 euros de biens culturels. Pour des gamins de 14 ou 15 ans, ce n’est pas rien. Et j’espère que l’on va fédérer encore d’autres bonnes volontés. Ramener vers la littérature, les gens de la région a priori éloignés du livre. » Il ajoute avec humour : « Tout le monde participe à un moment de vie, de vacances ; ça pourrait être autour des lunettes de soleil ou des crèmes solaires, mais c’est mieux que ce soit autour du livre. Il faut que tous puissent se rattacher à notre événement littéraire, que le livre devienne un dénominateur commun. »

En termes de lauréat, on est passé de Tonino Benacquista, qui racontait sa mère émigrée italienne dans Porca Miseria (Gallimard), à Marianne Vic, la nièce d’Yves Saint-Laurent, qui décrit dans Le Prince de Babylone (Le Seuil) les fêlures et le lourd héritage familial du couturier. Démontrant la richesse de l’approche biographique, elle explique : « Pour tous les écrivains, qu’ils soient connus ou pas – et je fais partie de la seconde catégorie –, un prix, c’est une satisfaction. Nous avons besoin de ça. D’un encouragement, comme un môme auquel on dirait : “Vas-y, c’est bien.” » Et quand on l’interroge sur ce qu’il peut y avoir d’étrange à être récompensé pour un texte autobiographique, elle note : « Pour moi, mon livre n’est pas une biographie, c’est surtout un roman. Mais dans toute biographie, il y a une grande part de subjectivité, même lorsqu’elle est écrite par un historien… »

Enfin, lorsqu’on revient avec elle – déjà autrice de quatre livres parmi lesquels Guerre et Père (Fayard, 2020) – sur la genèse du Prince de Babylone et la part d’autobiographie dans son travail, elle constate : « C’est ma vision de l’histoire d’Yves Saint-Laurent plus que de notre histoire. La relation que je pouvais avoir avec mon oncle, qui était également mon parrain, n’est qu’une ponctuation de quelques scènes. Ce livre est une vision subjective de l’homme qu’il était, mais à partir de faits réels. Confronté aux livres qui ont été écrits sur lui, aux films qui ont été réalisés sur sa vie, je voyais que les auteurs n’avaient pas accès à certaines informations. C’est la journaliste Alicia Drake qui s’est le plus approchée de la vérité dans le livre Beautiful People (Folio, 2010), qui envisageait sa relation avec Karl Lagerfeld. Mais la plupart des choses qui ont été écrites sont avant tout des réactions au mythe. On n’est plus qu’une poignée à avoir vraiment connu Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé. » Entre Marrakech et Ramatuelle ?

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