GRANDS PRIX D'AUTOMNE

[Sur la route du Goncourt 2021] Anne Berest, "La carte postale" (Grasset) : les destinées sentimentales

Anne Berest - Photo JÉRÔME BONNET/GRASSET

[Sur la route du Goncourt 2021] Anne Berest, "La carte postale" (Grasset) : les destinées sentimentales

Dans l'attente de connaître le 3 novembre le nouveau lauréat 2021 du prix Goncourt, Livres Hebdo revient sur les 16 romans de la première sélection.

Par Vincy Thomas,
Créé le 15.09.2021 à 17h38,
Mis à jour le 15.09.2021 à 18h00

Le prix littéraire le plus attendu de la saison, le Goncourt, annoncera son lauréat 2021, le 3 novembre.  Livres Hebdo vous propose de revenir sur chacun des 16 romans en lice, révélé dans une première sélection le 7 septembre.

Scénariste (notamment de la série Mytho, dont la saison 2 arrive bientôt sur Arte), la sœur de Claire Berest est aussi dramaturge et romancière. Elle vient de publier son sixième roman, La carte postale chez Grasset. Outre sa présence dans la première liste du Goncourt, on retrouve le titre dans les premières sélections du Renaudot, du Femina, de France Inter/Le Point, et de France Culture/L'Obs. Elle était aussi en lice pour le prix du roman Fnac.

Une fresque intime et haletante

Tout commence avec une énigmatique carte postale arrivée par un matin d'hiver en 2003 au domicile parentale. Sont inscrits quatre prénoms. La carte n'est pas signée, mais la photo n'est pas récente. Face à cet étrange message, la mère décide de raconter l'histoire de ces quatre personnes. Quatre ancêtres. Il faut remonter loin, à l'époque de la Russie des Tsars, avant la Révolution bolchévik. On suit ainsi toute une famille juive qui subit les événements politiques d'une Europe chaotique. Anne découvre ainsi le destin de chacun. Juive de naissance mais républicaine laïque non pratiquante , elle doit composer avec une mère qui ne dit pas tout et qui fume beaucoup. Les souvenirs reviennent à la surface comme des volutes s'envolent vers le plafond, éphémères. Au fil du récit, elle se laisse piéger par la passion dévorante de la curiosité. Elle veut savoir qui sont Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques. Car elle sait déjà ce qu'ils sont devenus: "Ils étaient morts à Auschwitz en 1942".

Dès lors, le roman est à la fois un retour dans le passé, à travers le XXe siècle, en Europe, de la Russie à la Palestine en passant par la Mitteleuropa, la Normandie et le sud de la France, et dans les gènes, en effeuillant cet arbre familial, avec ses branches cassées et ces feuilles persistantes. Construit comme un thriller haletant, cette saga familiale et chorale, qui croisent les fantômes et les survivants, s'interroge sur l'identité juive. C'est quoi être Juif (en France)? Un immigré persécuté croyant que la République est idyllique? Ou une famille bien intégrée transportée dans le camps de Pithiviers à cause d'un billet vert préfectoral et déporté dans un camp de concentration? Quelqu'un qui connaît tous les rites? Ou une personne qui doute en permanence? Face à l'antisémitisme toujours pregnant en France, elle cherche à comprendre...

Un succès en librairie

Anne Berest dessine ainsi le portrait de sa famille, et à travers elle, d'une communauté. Elle donne de la voix à chacun. Les fait revivre avec un sens du romanesque inné. On y croise des fortes personnalités et des personnages illustres. Elle révèle les zones d'ombres, durant l'Occupation notamment, et parvient à raconter l'innomable, source de toutes les souffrance. Avec un souci minutieux de l'enquête, l'aide d'archives, le sens de l'ellipse et une pudeur contenue, l'écrivaine réussit à dérouler cette fresque intime avec brio. On saura finalement qui a envoyé la carte postale, mais on comprendra surtout que ce n'était pas si important. Le voyage était bien plus essentiel que la destination. Il s'agissait de ne pas les oublier. Se souvenir c'est continuer de faire exister les morts.

Finaliste du Renaudot et du Flore pour Les patriarches (Grasset, 2021), Anne Berest a reçu les Prix Grands destins 2017 et Grand prix de l'héroïne de Madame Figaro 2018 pour Gabriële (Stock). La Carte postale est l'un des romans de la rentrée à avoir très rapidement percé dans les meilleures ventes, dès sa parution. Il est classé 14e du Top 50 fiction GFK/Livres Hebdo cette semaine, et s'est déjà vendu à près de 10000 exemplaires.



 

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