En 1969, une diseuse de bonne aventure espagnole prédit au jeune Sylvester Stallone, alors âgé de 23 ans, un avenir mirifique. La voyante le sut-elle jamais, elle avait cette fois vu juste. À peine huit ans plus tard, Rocky triomphait aux Oscars, ouvrant grand les portes d’Hollywood à son créateur. Ce sont ces huit années décisives, éclairées par quelques flashbacks sur son enfance et sa jeunesse, que Stallone, désormais octogénaire, explore dans ses mémoires Un pas après l’autre (Flammarion, trad. Santiago Artozqui).
Dans ce bilan choisi, on comprend vite que la future icône virile du cinéma d’action n’a jamais eu la partie facile. Dès sa première nuit sur le banc d’un terminal de bus à New York où il débarque après son retour d’Espagne sans le sou ni relations, et tout au long de ces huit années, Stallone ne connaît que la précarité.
L'écriture, sans relâche
Mais, l'acteur le raconte fort bien, il a déjà chevillée au corps la volonté de s’imposer dans le 7e art. Le chemin est difficile. Cherchant des rôles, écrivant des scénarios et se prenant de passion pour Edgar Allan Poe, Sly, comme on ne l’appelle pas encore, essuie refus et humiliations. Sa voix est trop grave, sa paralysie faciale – conséquence d’un accouchement difficile au forceps – rebute les directeurs de casting… Mais il possède déjà une qualité qui ne le quittera jamais : l’obstination. Sans relâche, il écrit, passe des auditions, écrit encore, tirant le diable par la queue mais confiant dans sa bonne étoile.
Lorsqu’un agent lui affirme que son physique épais ne lui donne pas l’air d’un écrivain sérieux, il persévère. Vendant son premier scénario en 1973, il en rédige d’autres, encaisse de nouveaux échecs… Entre-temps il faut bien vivre. On le retrouve employé de restaurant, réceptionniste dans un cinéma… cette dernière expérience lui permet d’analyser les scénarios de tous les films qui sortent, bons ou mauvais. « Il y avait dans l’air une folie teintée de violence qui ne restait pas confinée dans les rues des quartiers périphériques », se souvient-il. Midnight Cowboy, Mean Streets, Panique à Needle Park, Serpico, French Connection nourrissent son imaginaire. Stallone forge son style tout en continuant d’enchaîner les petits rôles : on le retrouve en loubard dans Bananas face à Woody Allen en 1971, en passant louche dans Le prisonnier de la Seconde avenue aux côtés de Jack Lemmon.
Enfance malheureuse
Puis vient Rocky. Stallone, désormais marié, s’est décidé à tenter sa chance à Hollywood. S’il est toujours sans ressources, il a suscité l’intérêt des producteurs Irwin Winkler et Robert Chartoff avec l’histoire de ce boxeur de troisième zone à qui l’on propose d’affronter le champion du monde. Mais c’est encore un inconnu, on lui refuse d’incarner le rôle-titre. Il devra se battre pour l’obtenir, renonçant pour cela à l’essentiel de sa rémunération.
Bouleversant de sincérité et agrémenté de nombreuses photos d’époque, Un pas après l’autre entraîne le lecteur sur les traces du mythe Stallone. À rebours de l’image de dur à cuire qu'il se forgera dans les années 80, l’interprète de Rocky et Rambo s’y montre vulnérable et sensible, pas complètement remis de son enfance marquée par les disputes parentales, la violence de son père et le sentiment de n’avoir pas été désiré par sa mère. Pendant le tournage de Rocky, il invitera d’ailleurs cette mère qui ne lui a jamais témoigné le moindre amour à assister à l’enregistrement du combat final. Elle refusera de venir.
