« Angoulême ne peut pas se concevoir sans la bande dessinée et vice versa. » Mardi 3 novembre, dans le salon de l'hôtel de ville de la capitale de la Charente, Xavier Bonnefont, maire de la ville, a donné le ton de la première conférence de presse consacrée à « Angoulême bande dessinée », nouveau nom du festival.
Après l'annulation de l'édition 2026, la manifestation se tiendra du 28 au 31 janvier 2027, précédée d'une journée professionnelle le 27. Une nouvelle étape rendue possible par l'ordonnance de référé du tribunal d'Angoulême du 14 octobre, qui a rejeté les recours de l'association historique du FIBD et de 9e Art + contre l'organisation d'un nouvel événement.
Désigné en avril dernier, le groupe Morgane, déjà organisateur des Francofolies de La Rochelle et du Printemps de Bourges, a créé une structure dédiée, M:BD, dirigée par Céline Bagot et Marie Parisot, respectivement codirectrices du festival. L'opérateur travaillera avec l'Association pour le Développement de la Bande Dessinée à Angoulême (ADBDA) pour « répondre aux attentes des professionnels, du public et de celles et ceux qui croient encore à l'attrait du territoire pour la bande dessinée », a déclaré le directeur de l’association, David Caméo.
La profession reste toutefois vigilante. Dans un communiqué transmis la veille, l'interorganisation des auteurs et autrices de BD salue le dialogue engagé avec M:BD, tout en rappelant que cette première édition devra être suivie d'améliorations. Un avis partagé par Marie-Paule Noël, vice-présidente de l'ADBDA et membre du collectif Girlxcott, lors de son intervention en visioconférence.
Une sélection resserrée et des expositions dans toute la ville
Côté programmation, M:BD annonce une sélection officielle resserrée à 40 albums afin de renforcer leur visibilité. Les comités de sélection, auxquels participeront la Cité internationale de la bande dessinée, des libraires et des journalistes, compteront désormais chacun un auteur et une autrice.
Le nombre de prix sera également réduit, tandis que les récompenses jeunesse seront intégrées au palmarès officiel. Chaque prix sera doté de 2 500 euros et accompagné d'un trophée remis lors de la cérémonie du vendredi soir. Une distinction équivalente au Grand Prix sera également décernée le dimanche 31 janvier, sous une nouvelle appellation. Les noms de l'ensemble des récompenses seront dévoilés en décembre.
Les expositions constitueront l'un des principaux axes de la programmation. Anouk Ricard, Ugo Bienvenu, Florence Dupré la Tour et Xavier Dorison figurent parmi les premiers artistes annoncés. Rencontres, masterclasses, projections et performances viendront compléter ces propositions. La direction artistique s'appuiera sur Marguerite Demoëte, Raphaëlle Perret et Mathieu Charrier.
L'organisation entend également renforcer la dimension internationale du festival. Un marché des cessions de droits sera relancé avec le soutien de France Livre, au square des Villes jumelées, à proximité de la Maison des auteurs et de la Cité. Des délégations et maisons d'édition de Taïwan, d'Ukraine, de Pologne, et du Canada sont notamment attendues. Une journée consacrée à l'audiovisuel, avec le dispositif Shoot the Book !, est aussi annoncée. Pour développer ses relations avec le secteur japonais, M:BD a par ailleurs ouvert un bureau à Tokyo, où deux représentants accompagneront le développement de projets qui seront dévoilés ultérieurement.
Une politique d'accueil et de rémunération repensée
La place des artistes constitue l'autre chantier majeur. M:BD s'engage à rémunérer leurs interventions et à mettre en place une politique d'invitation pour les auteurs et autrices sélectionnés, exposés ou récompensés. Des formations sur leurs droits, ainsi que des espaces de repos et de rencontre, sont également prévues. Un dispositif d'accueil et de prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS), assuré par une équipe formée, sera par ailleurs mis en place. Enfin, l'utilisation de l'intelligence artificielle sera interdite dans la production du festival et pour les albums en sélection.
L'accueil des publics doit lui aussi évoluer. La billetterie, ouverte mardi 3 novembre, propose notamment des pass deux jours et un pass famille pour le dimanche. Des exonérations sont également prévues pour les habitants du territoire répondant à certains critères sociaux. Enfin, un baromètre sera publié à l'issue de cette première édition pour recueillir les avis des festivaliers et professionnels et ainsi identifier les améliorations à apporter.
« Nous avons dû composer avec un calendrier serré. Nous comptons donc sur l’indulgence du public, tout en étant convaincues de la qualité de notre proposition », a conclu Céline Bagot, qui a donné rendez-vous à la presse en décembre, à Paris, pour dévoiler la sélection officielle et les prochaines annonces de programmation.
