Mardi 3 novembre à 12h45, Françoise Chandernagor et Frédéric Beigbeder dévoilent les lauréats des prix Goncourt et Renaudot dans les escaliers du restaurant Drouant, conformément à la tradition. Poids lourd de la rentrée littéraire avec L’Inconnue du quai de Javel (Flammarion), déjà écoulé à plus de 60 000 exemplaires, c'est finalement Philippe Jaenada qui remporte le prix Goncourt : son roman retraçant le destin de Louise François a séduit les lecteurs comme les jurés du plus prestigieux des prix littéraires. Du côté du Renaudot, François-Henri Désérable s’impose avec Le Palais (Gallimard), également un succès de librairie avec plus de 50 000 exemplaires vendus. En essais, le Renaudot a aussi distingué ex æquo deux auteurs bien connus du public : Jean-Paul Enthoven pour Dictionnaire amoureux du bonheur (Plon) et Christophe Ono-dit-Biot pour L’odyssée de l’Odyssée (Grasset).
« Vous pouvez me tripoter, je suis à 98 % humain. Vous pouvez vérifier ! »
Face aux journalistes chez Drouant, Philippe Jaenada remercie ses éditrices Betty Mialet et Alix Penent mais dédie surtout son prix à « son éditeur de toujours » Bernard Barrault, décédé en février. « Les derniers mots qu’il m’a dits sont : "Va vers ton destin !" Voilà Bernard, c’est ici », déclare-t-il avec émotion.
L'année est particulière pour le monde de l’édition, marquée par l’affaire Thélyson Orélien. Alors quand un journaliste demande au lauréat s’il a utilisé l’IA, sa réponse fuse : « C’est une rentrée un peu mouvementée, un peu agitée, Moi vous pouvez me tripoter, je suis à 98 % humain. Vous pouvez vérifier ! »
Et pour cause, Philippe Jaenada a consacré plus de deux ans à la recherche d’archives et à ses recherches historiques, qui lui ont permis de retranscrire au mieux l’ambiance de la fin des années 1940. L’Inconnue du quai de Javel signe d'ailleurs le meilleur démarrage de sa carrière, surpassant celui de La Serpe, son précédent grand succès récompensé par le prix Femina en 2017. Même si le président de l'Académie Goncourt Philippe Claudel affirme qu’il ne « regarde pas les chiffres de vente ».
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Au sein du jury, Eric-Emmanuel Schmitt confie avoir longtemps été réticent à l’égard de l’écrivain avant d’être convaincu par son dernier livre. « Il a retourné les cartes avec ce roman », reconnaît-il, soulignant le tour de force narratif d’une enquête qui suscite l’intérêt autant pour le cold case que pour celui qui le mène.
L’académicien voit dans ce texte une « sorte de Comédie humaine, attentive à tous les étages de la société », et salue la manière dont l’auteur redonne une place aux femmes méprisées et invisibilisées. C’est aussi ce qu’a aimé Pierre Assouline pour qui « le choix s’est imposé naturellement, dès le premier tour. » « Une situation rare » souligne-t-il. Il salue la générosité et l’humanité d’un livre « plus obèse que rachitique », dans lequel « Jaenada est partout », ainsi que l’empathie avec laquelle l’auteur « ressuscite le destin d’une femme qui a énormément souffert ».
Le Renaudot, entre désir et égalité
Au Renaudot, François-Henri Désérable faisait lui aussi figure de favori. Avec Le Palais, l’écrivain signe « un roman d’aventures ambitieux, nourri d’une importante documentation et porté par un goût pour le récit populaire autant que littéraire » souligne Frédéric Beigbeder. Ce roman raconte l’histoire d’Arun Kumar, un homme doté d'un palais absolu, qui passe son temps à fabriquer de faux crus pour tromper les connaisseurs les plus fins et les collectionneurs les plus fortunés, de Delhi à Manhattan en passant par les vignes de la Côte-d'Or. « Il y a de l’amour, il y a de la vengeance », analyse le président du jury, qui salue un livre dans lequel l’auteur déploie également son humour, jusque dans l’invention d’adjectifs pour décrire les crus de Bourgogne.
Un prix qui a de quoi rendre heureux le lauréat de cette édition du centenaire. « Je suis arrivé ce matin chez Gallimard, vraiment sans aucune certitude. Après avoir appris la remise du prix, je voyais les noms de Carrère, d’Ernaux ou d'Aragon qui sont des écrivains que j'admire. Pouvoir figurer sur la même liste qu'eux, c'est vraiment un très grand honneur », raconte avec émotion le lauréat.
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Le prix Renaudot de l’essai, quant à lui, n’a pas réussi à départager Jean-Paul Enthoven et Christophe Ono-dit-Biot. « On n’arrivait pas à trancher. Ce sont deux auteurs que le jury adore, les deux essais sont forts », explique Frédéric Beigbeder, qui a finalement laissé les deux ouvrages ex æquo.
Enfin, les jurés du Renaudot, tout comme ceux du Goncourt, ont évoqué la question de l’intelligence artificielle et de l’authenticité des manuscrits. Frédéric Beigbeder estime qu’il revient aux éditeurs de procéder aux vérifications nécessaires : « Nous, on n’est pas des vérificateurs autres que de talent. » C’est aussi l’idée que partage Pierre Assouline qui affirme que le Goncourt « ne va pas installer de logiciels ». « C’est à l’éditeur de faire le travail », revendique-t-il. Une vigilance accrue qui, selon lui, devrait désormais s’imposer dans le processus éditorial.
Madrigall concentre les distinctions
