Prix unique du livre (4/8)

40 ans de la Loi Lang: Les nouveaux réseaux de l'occasion

Au comptoir des livres d'occasion de la librairie Gibert Joseph, à Paris. - Photo OLIVIER DION

40 ans de la Loi Lang: Les nouveaux réseaux de l'occasion

Label Emmaüs, Recyc-Livre, Momox, Facebook marketplace, Swapbook, Kiwibook, Booxup ou même encore Vinted sont les nouveaux champions du marché de l'occasion.

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Par Pierre Georges,
Créé le 21.04.2021 à 09h00,
Mis à jour le 26.04.2021 à 18h07

Le marché du livre d'occasion se transforme en une nébuleuse numérique dans laquelle recyclage et réemploi sont les maîtres mots. Après Boulinier en 2020, les librairies Gibert de la place Saint-Michel à Paris ferment à leur tour leurs portes. Tout un symbole pour un marché du livre d'occasion qui, en s'affranchissant toujours des contraintes du prix unique propre au marché du neuf, est en pleine réinvention. Après les traditionnelles librairies d'occasion du quartier latin, les étals des bouquinistes et la poussière des vide-greniers du dimanche, c'est tout le backmarket du livre qui s'est déplacé sur les réseaux sociaux, les sites Internet « solidaires » et les applications.

Un marché dynamique

Aujourd'hui, l'offre de bourse aux livres digitales foisonne et les nouveaux champions du marché s'appellent Label Emmaüs, Recyc-Livre, Momox, Facebook marketplace, Swapbook, Kiwibook, Booxup ou même encore Vinted. Une métamorphose accélérée par les crises sanitaires et économiques de ces derniers mois. Entre baisse de pouvoir d'achat, considérations environnementales et hausse du temps consacrée à la lecture, certaines des plateformes interrogées affirment avoir multiplié leurs ventes par 2 ou 2,5 pendant les confinements.

Chez les mastodontes de l'e-commerce généraliste, les ventes de livres d'occasion dépassent désormais celles des livres neufs. En 2020, sur 1 300 000 livres vendus en France par eBay, 750 000 sont des livres d'occasion, soit 55 % environ des ventes contre à peine 40 % en 2019. Autre conséquence de la crise, les stocks de livres d'occasions n'ont jamais été aussi hauts : plus de 10 millions chez Momox et jusqu'à 30 millions dans les Emmaüs de France.

Une marketplace du réemploi

« Nous sommes devenus la première librairie d'occasion de France autour d'un modèle dans l'air du temps : celui du contre-Amazon. Nous sommes une coopérative remplaçant les robots et les algorithmes par des humains », explique Maud Sarda, fondatrice et directrice de Label Emmaüs. Lancée en 2016, la librairie solidaire en ligne propose en permanence un million de livres vendus en majorité à deux euros. Et le site ne se contente pas d'écouler chaque année 10 millions de livres provenant des stocks des Emmaüs, il s'est associé avec des acteurs majeurs comme Fnac-Darty et propose aussi les livres de seconde main d'autres associations : Le livre vert, Bibliothèques sans frontière... « Nous avons vocation à être la marketplace du réemploi de livre et de l'économie sociale et solidaire au sens large », résume Maud Sarda. Des notions de réemploi qu'a su aussi saisir Vinted. La célèbre application de marché en ligne communautaire, d'abord centrée sur la mode, a lancé sa rubrique livre en 2018. Si la société se refuse à révéler le chiffre d'affaires qu'ils lui apportent, les livres représentent environ 4 % de ses annonces en France.

Des annonces dont le prix est fixé directement par le vendeur. Sur d'autres plateforme-stars de revente, ils varient en fonction de l'offre et de la demande. Dans tous les cas, aucune limite aux prix bas. En témoignent les centaines de livres en « état quasi neuf » disponibles à quelques euros sur Amazon, voir les lots entiers de romans proposés gratuitement sur la rubrique marketplace de Facebook, ou encore le succès croissant des « boites à livres »

D'après le cabinet GfK, le prix moyen d'un livre d'occasion oscille actuellement autour de quatre euros, soit 63 % de moins qu'un livre neuf. Le tout sans que jamais les éditeurs et les auteurs n'en profitent, et pour le plus grand bonheur des lecteurs.


Commentaires (1)

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d

Delphine

il y a 3 mois à 13 h 25

Article qui ne voit pas le problème de l'industrialisation massive de la vente d'occasion et qui jouant sur les mots : les éditeurs, les auteurs et les libraires ne "profitent" pas de leurs droits ou remise (sur les livres neufs) comme des rentiers (comme le sous-entend cet article), ils en vivent. Comment un magazine interprofessionnel dans le cadre d'une série sur le prix unique ne va pas plus loin dans l'analyse du problème que représente la vente d'occasion ? Par exemple, les efforts de certains pour essayer de proposer une taxe sur l'occasion afin de financer les auteurs.


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