Angoulême 2016: un bilan en demi-teinte | Livres Hebdo

Par Anne-Laure Walter, le 01.02.2016 à 20h12 (mis à jour le 02.02.2016 à 09h56) Bande dessinée

Angoulême 2016: un bilan en demi-teinte

Richard Gaitet, maladroit maître de cérémonie à la remise du palmarès 2016 du Festival d'Angoulême. - Photo CÉLINE LEVAIN

Polémiques en série, plan vigipirate et météo apocalyptique..., l'édition 2016 du festival d'Angoulême a été particulièrement perturbée et s'est soldée par une baisse de la fréquentation de 10%. Heureusement les expositions ont attiré du monde.

Le bilan du dernier festival international d'Angoulême (FIBD) qui s'est tenu du 28 au 31 janvier est plutôt mitigé. La 43e édition a été marquée par les polémiques et les couacs laissant poindre des dysfonctionnements dans son organisation.

Avant même que ne débute le festival, la polémique avait éclaté autour de l'absence de femmes sur la première liste des auteurs sélectionnés pour le Grand Prix 2016, finalement attribué à Hermann.

La cérémonie de remise des Fauves (les récompenses du festival) samedi 30 janvier, a été le théâtre d'un nouveau couac. Avant d'annoncer le palmarès qui a couronné Ici de Richard Mcguire (Gallimard) comme meilleur album, le facétieux animateur Richard Gaitet a ouvert la cérémonie par un faux palmarès en attribuant des Fauves à des félins de la bande dessinée choisis maladroitement dans les albums en sélection. Le gag n'était sans doute pas du meilleur goût et son auteur s'en est excusé dans un texte adressé au journal Le Monde. Car la plupart des primés ont cru à leur récompense et des auteurs étrangers ont même été prévenus de leur victoire.

10% de visiteurs en moins

En dehors de ces polémiques qui ont particulièrement troublé auteurs et éditeurs, la météo et les difficultés d'accès aux stands en raison des mesures de sécurité ont douché l'enthousiasme d'une partie des visiteurs. La fréquentation serait selon les premières estimations de la société organisatrice 9eArt+ en baisse de 10%, un recul particulièrement visible le week-end.

Globalement les ventes sont en baisse sous les principales bulles (les tentes sous lesquelles sont réunis les stands des éditeurs) et la plupart des éditeurs compensent avec les librairies éphémères près des expositions. " Le public ne parvenait pas à accéder aux bulles, déplore un éditeur. C'était compréhensible l'an dernier car le festival se tenait quelques jours après les attentats de Charlie, mais cette année, aucun effort n'a été fait pour améliorer l'accès au public."

Des ventes en baisse

Ainsi, les ventes baissent de 10% sur le stand Urban Comics comme sur celui de Delcourt Soleil où l'on évoque comme raison la pluie discontinue et les files d’attente interminables du fait de la fouille à l’entrée.

Chez Dargaud la baisse est de 7% avec pour meilleures ventes Les vieux fourneaux, Lucky Luke, Undertaker, Blacksad ou le Chat du rabbin. Au Lombard, le chiffre d'affaires reculerait de près de 10% sous la bulle avec pour meilleures ventes Old Pa Anderson, le nouvel album de Hermann (Grand Prix d’Angoulême) et Yves H. ainsi que Sykes de Armand et Dubois et Dilemma de Clarke. Mais l'éditeur se rattrape pour arriver à un chiffre proche de 2015, grâce au gros score dans la galerie marchande où était installé avec la Librairie Cosmopolite un espace dédié à Clifton.

Ahmed Agne, P-DG de Ki-oon qui revenait après sept ans d'absence, pour "retenter l’expérience cette année principalement pour profiter de la venue d’Otomo, pensant naïvement que ce serait une grande année pour le manga" constate l'échec de sa démarche : "Ventes faibles, mise en avant du manga toujours pas à la hauteur de son importance dans le marché BD actuel, et surtout zéro manga primé l’année où un auteur majeur du genre est présent."

Chez Glénat, si le chiffre d'affaire est à l'étal, l'éditeur est très déçu compte tenu des auteurs en signature dont Zep, Don Rosa ou Manara. Même bilan à l'équilibre chez Casterman où la contraction des ventes sous la bulle est compensée par les très bons résultats près des expositions Lastman ou Corto Maltese.

Des expositions qui ont fait le plein.

Fleur Pellerin inaugure l'exposition l'Art de Morris à Angoulême - Photo ANNE-LAURE WALTER
En effet, et c'est là le point positif de cette édition, les expositions étaient particulièrement réussies à commencer par "L'art de Morris" consacrée à Lucky Luke et inaugurée par la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin jeudi 28 janvier.

Cette rétrospective Morris, montée à l'occasion des 70 ans du cowboy solitaire, montrait par exemple pour la première fois des planches en noir et blanc qui témoignaient du talent du dessinateur à représenter le mouvement. Les expositions Hugo Pratt sur Corto Maltese et Lastman ou la rétrospective consacrée à Jean-Christophe Menu étaient particulièrement intéressantes et drainaient un public très divers.

De plus, les contrôles à l'entrée de ces expositions ont généré moins de ralentissements. Les organisateurs ont d'ailleurs déclaré que la fréquentation de ces accrochages avait doublée à un an d'intervalle. 
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