L’Auvergne-Rhône-Alpes, une terre de choix pour le livre. Entre 2022 et 2025, quelque 18 maisons d’édition et 83 librairies s’y sont créées, selon le baromètre régional de l’économie du livre 2026 présenté jeudi 5 novembre par l’agence Auvergne-Rhône-Alpes livre et lecture (Arall). Derrière cette vitalité se cache une précarité certaine : 63 % des personnes à la tête d’une maison et 19,5 % de celles gérant une librairie ne se rémunèrent pas. « Leur salaire est une variable d’ajustement », déplore auprès de Livres Hebdo le directeur de l’agence Laurent Bonzon.
Cette vitalité vient notamment d’un changement de génération. En édition comme en librairie, Laurent Bonzon constate un « fort rajeunissement » des personnes porteuses de projets ainsi qu’une féminisation des métiers. En effet, 39,4 % des personnes qui gèrent une maison et 49,5 % de celles à la tête d’une librairie sont des femmes.
Les aventures se font aussi « plus collectives » avec un taux de 32 % de cogérance dans l’édition (contre 21 % en 2021) et de 36 % en librairie (contre 26 %). Le directeur de l’agence note également un engagement plus prononcé sur les thématiques féministes et écologiques.
Se diversifier pour tenir
En 2025, la région comptait 167 maisons actives avec un chiffre d’affaires global HT estimé à 45,6 millions d'euros hors groupe Glénat, en recul de 15 % par rapport à 2021 (53,5 millions d'euros pour 166 maisons). Celles-ci cherchent leur équilibre au-delà du livre – plus d’un tiers possèdent d’autres activités – mais aussi en dehors de la librairie. Si cette dernière reste leur principal canal de vente, son poids baisse. La librairie représente 43,8 % des ventes contre 57,9 % en 2021.
Les maisons misent davantage sur les ventes directes en salon (20 % contre 14,6 %) et sur celles réalisées sur leurs propres sites marchands. Ce canal jusqu’alors « assez marginal », commente Laurent Bonzon, pèse pour 18,6 % des ventes contre 9 % en 2021.
Côté librairie, 363 enseignes indépendantes maillent le territoire (contre 326 en 2021). Le réseau s’est densifié, au risque d’entraîner une saturation dans certaines zones comme la ville de Lyon. Dans l’ensemble, elles affichent un chiffre d’affaires HT estimé à 194,9 millions d'euros (hors Decitre) et leur « rentabilité se maintient à 3,8 % […] mais cache une forte disparité selon les territoires », notamment en zone rurale, pointe le baromètre. Là aussi, pour chercher l’équilibre financier, plus de la moitié des points de vente (54 %) diversifie son activité en proposant d’autres produits que le livre.
La fermeture récente des points de vente physiques de Decitre pourrait profiter aux enseignes voisines. « Certaines librairies alentour notent un report important de la clientèle et plusieurs librairies de la région commencent à davantage se positionner sur le scolaire », conclut le directeur de l’agence.
