Quatre cents libraires ont reçu les épreuves de Les yeux de Mona avant sa sortie. Pour Nicolas de Cointet, directeur du département beaux livres chez Albin Michel, ce choix a pesé autant que les ventes de droits étrangers : le succès de Thomas Schlesser en 2024 s'est construit d'abord dans les librairies, par la recommandation, bien avant que le livre ne s'impose en tête de gondole.
Avec plus d'un million d'exemplaires vendus dans le monde, le roman, publié par le département beaux livres de la maison de la rue Huyghens, a été pensé comme un objet : jaquette dépliante « à l'américaine » et texte allégé de 50 000 signes pour un format qui se présente bien en vitrine.
Albin Michel et les 40 libraires
Spécialiste du rayon depuis la fin du siècle dernier, l'invité de Lauren Malka ne cache pas la fragilité de son segment. Le beau livre a reculé de 8,8 % en valeur en 2025, selon les chiffres du Syndicat national de l’édition, et seule une quarantaine de librairies disposeraient encore d'un rayon permanent.
Côté fabrication, le papier se commande en mai-juin sans visibilité sur les commandes, et une réimpression prend cinq à six semaines, contre une pour un roman : un frein direct aux réassorts en pleine période de fêtes.
La réponse d'Albin Michel passe par l'objet et par la rareté du contenu : des livres qui justifient leur prix et qu'on ne trouve pas en ligne. « Le beau livre n'a d'intérêt que s'il est beau », lance l’éditeur qui appelle les libraires à reconstruire, avec le soutien des maisons, l'espace dédié à l'illustré.
Un entretien à voir ou à écouter pour tous ceux qui se demandent comment faire revivre le beau livre en magasin.
