Après avoir conquis le prix Renaudot ce mardi, Gallimard repart ce mercredi avec deux des trois prix Femina 2026 remis avenue Montaigne : La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel et Baignade surveillée de Laura Kasischke. Le Seuil est distingué en essai pour Barbe Bleue contre enquête de Jennifer Tamas.
Un prix sous le signe de l’école
Sur scène, Yannick Haenel a placé son prix sous le signe de l’école : le livre est dédié aux professeurs, ainsi qu’aux collégiens et aux lycéens. Il y a ajouté un constat sur la langue : « On sait tous que le langage s’appauvrit, planétairement. Mais il y a des gens qui travaillent à ce qu’il continue à nourrir notre cœur, notre espoir, notre esprit. » Puis, à l’adresse de sa consœur lauréate : « Le jury a un goût merveilleux, j’adore Laura Kasischke. Et puis mon livre, il n’est pas mal non plus. »
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Laura Kasischke a remercié en anglais le jury, Antoine Gallimard et son éditrice, disant sa reconnaissance envers « la France qui lit mes romans ». Pour Tiffany Gassouk, éditrice du domaine anglophone chez Gallimard, le Femina étranger est « l’un des plus prestigieux et plus prescripteurs » des prix dont on rêve en publiant un roman traduit à la rentrée, « pour ce que ça va produire en librairie, dès demain, avec ces bandeaux ».
Selon elle, Baignade surveillée est déjà le roman étranger le mieux vendu de cette rentrée littéraire, avec plus de 16 000 exemplaires écoulés, selon NielsenIQ BookData. « Porté par les libraires », le prix doit lui donner « un nouvel essor » selon l’éditrice. Tiré en premier lieu à 25 000 copies, le roman fait l'objet d'une 4e réimpression, portant le total à 66 000 exemplaires imprimés.
Contraste entre la France et les États-Unis
L’ancienne responsable du domaine étranger de Calmann-Lévy relève aussi le contraste avec la situation de l’autrice dans son pays, où elle est « très peu lue » et dorénavant publiée par un petit éditeur régional. Publiée en France depuis 1999, d’abord chez Bourgois, elle est arrivée chez Gallimard en 2020 avec un recueil de poésie. « Il y a un écart colossal entre la manière dont la France l’estime et son manque de reconnaissance aux États-Unis », souligne Tiffany Gassouk.
Pour Jennifer Tamas, universitaire qui travaille sur le XVIIe siècle et avait fait le voyage depuis les États-Unis, la récompense salue aussi la place des essais littéraires au Femina, prix né « pour offrir en contrepoint une autre vision de la littérature ». Son ouvrage interroge le conte de Barbe Bleue pour « historiciser » les rapports de genre, et plaide pour la lecture des classiques. « Ils vivent en nous, ils continuent de nous parler », a-t-elle proclamé devant une soixantaine de convives.
Interrogée sur la moisson de grands prix des maisons du groupe Madrigall, qui a réalisé un quasi grand chelem inédit lors de cette semaine littéraire 2026 et auquel appartient Gallimard, Tiffany Gassouk a mis en avant des équipes « passionnées, volontaires, animées ». Elle y voit le fruit d’une mobilisation de chaque jour en faveur de la littérature, et préfère, dit-elle, savourer le moment plutôt que commenter.
