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Bibliothèques de présidents, France/Etats-Unis

Le projet de la Bibliothèque Obama - OBAMA FOUNDATION

Bibliothèques de présidents, France/Etats-Unis

Deux pays. Deux modèles. Aux Etats-Unis et en France, les présidents gèrent leur postérité (et leurs archives) différemment.

Président des Etats-Unis de 2009 à 2017, Barack Obama continue à attirer sur lui l’attention des médias depuis son active « retraite ». L’un des derniers prurits en date est l’annonce controversée de la construction de « sa » bibliothèque à Chicago, pour un coût qui avoisine les 500 millions de dollars. Beaucoup ont reproché à l’ancien président d’avoir confié la gestion de cet ensemble, qui inclura une tour-musée de 70 mètres de haut, une salle de sport et une annexe de la bibliothèque municipale de Chicago, à une fondation privée et non, comme c’était l’usage jusqu’à présent, à la NARA, la National Archives and Records Administration, agence fédérale dont les origines remontent à 1955.
 
Depuis l’élection du premier président des Etats-Unis et jusqu’aux années 1930, les présidents américains avaient l’habitude, à l’issue de leur mandat, d’emporter avec eux l’ensemble des documents, archives, etc. créés pendant leur présidence. C’est Franklin Delanoe Roosevelt qui, en 1938, décida que ces documents seraient désormais mis à la disposition du public, même si à chaque président revenait le droit de créer « sa » « bibliothèque », ce deuxième terme aussi entre guillemets puisque, outre les archives proprement dites de la présidence, la dite-bibliothèque peut conserver les cadeaux reçus pendant la présidence, un musée, etc. dans un ensemble qui, le plus souvent, a charge de rappeler au bon peuple combien le président concerné aura été un homme d’Etat charismatique attaché à célébrer la grandeur de l’Amérique[1].

Puzzle
 
Si les bibliothèques/musées des présidents américains sont ainsi gérées indépendamment les unes des autres, dans une construction juridico-administrative un brin paradoxale, la NARA, déjà citée, a la responsabilité et le contrôle de l’usage des collections. Nombreux sont ceux qui déplorent l’éclatement des archives ainsi généré qui, dans un pays immense, complique le travail des chercheurs. De plus et mathématiquement, tous les quatre ans (ou tous les huit ans dans certains cas), les fonds, et donc les coûts liés, augmentent. C’est d’ailleurs, du moins officiellement, pour cette raison que Barack Obama a décidé de financer avec des fonds privés, et non publics, sa bibliothèque – qui, cela faisant, échappera à la gestion fédérale.
 
Comme souvent, la gestion des « bibliothèques des présidents » est l’occasion d’illustrer le fossé culturel qui peut exister entre la France et les Etats-Unis. D’abord, parce que la « bibliothèque du président », qui rassemble stricto sensu les livres possédés en propre par le président peut, chez certains présidents américains (ils le reconnaissent eux-mêmes) être réduite à la portion congrue, là où la bibliothèque du général de Gaulle, celle de Georges Pompidou ou, plus encore, celle de François Mitterrand, sont à l’image de présidents fins lettrés et eux-mêmes auteurs. Ensuite parce qu’il serait inconcevable, en France, que les archives générées par les présidences ne soient pas versées, comme la loi y oblige, aux Archives nationales, et encore plus inconcevable qu’elles soient dispersées au hasard des lubies géographiques des présidents – dont bon nombre, outre-Atlantique, sont enterrés à proximité de leur bibliothèque, sur leur terre natale.
 
Enfin, la « mise en spectacle » de la présidence n’est pas, pour l’instant, dans les traditions républicaines – à cet égard, ce qui se rapproche le plus d’une bibliothèque de président à l’américaine, la bibliothèque du musée du président Jacques Chirac en Corrèze, semblera un contre-exemple parfait.

Paradoxe
 
Cependant, cette mise en avant présidentielle pourra sembler, politiquement, un paradoxe. En effet, aux Etats-Unis, le pouvoir présidentiel est fortement tempéré par celui du Congrès, et les batailles entre l’un et l’autre ne se comptent plus dont, entre autres, le président Donald Trump a fait les frais plus qu’à son tour. En France au contraire, il ne paraît guère contestable que nous sommes désormais dans un régime hyper-présidentiel, où les deux assemblées voient leur rôle d’opposition plus que limité par le fait que l’Assemblée nationale ne se conçoit plus comme politiquement éloignée du président. Au risque de la provocation, on pourra ainsi considérer que la Bibliothèque nationale de France, décidée par le président de la République lui-même hors de tout cadre parlementaire, est l’exemple le plus parlant d’une « bibliothèque de président » qui ne dit pas son nom.
 
Les archives de la présidence de François Hollande (et, donc, celles de son secrétaire général, Emmanuel Macron) ont déjà rejoint les Archives nationales. Quant à la bibliothèque de Barack Obama, elle sera dépourvue d’archives papier : seule une version numérisée des 30 millions de documents mis à disposition sera accessible.

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