Cette année, le palmarès du prix Médicis nous rappelle qu'il sait récompenser des œuvres restées à l'écart des radars littéraires. Tous deux absents des autres sélections des grands prix d'automne, Philippe Vasset et Eva Baltasar ont réussi à convaincre le jury dans les catégories roman français et roman étranger. L'Américano-portugais Richard Zenith, quant à lui, est parvenu à décrocher un prix spécial pour récompenser l'originalité de son œuvre.
La consécration pour Philippe Vasset et Eva Baltasar
« J’y crois depuis vingt ans », a confié Sophie de Closets, son éditrice et P-DG de Flammarion à l’issue du sacre de Philippe Vasset, qui n’avait à ce jour jamais reçu l'un des grands prix d’automne. Toutefois, l’auteur n’est pas inconnu du Médicis puisqu’il avait déjà été sélectionné en 2013 pour La Conjuration (Fayard). Publié historiquement chez Fayard, il a décidé en 2022 de suivre Sophie de Closets et de rejoindre Flammarion.
« Ce qui a beaucoup compté dans le vote du jury, c'est de récompenser quelqu'un qui est, en quelque sorte, sur les chemins écartés de la littérature mais qui donne vie à une histoire très concrète », justifie Pascale Roze, présidente du jury Médicis. Le lauréat a obtenu cinq voix contre quatre pour Lucie Rico, autrice de Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? (P.O.L).
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L'œuvre de Philippe Vasset est traversée par une exploration des territoires oubliés et des zones périphériques. Dans les grandes lignes, il fait de nouveau se rencontrer littérature et géographie en embarquant le lecteur sur le tracé des lignes à haute tension qui dessinent le paysage français. « Au regard de la longue liste des personnalités couronnées du prix Médicis, et le pedigree du jury, c'est très gratifiant d’avoir été sélectionné » résume Philippe Vasset à l’issue de son sacre. Flammarion, qui avait tiré l'ouvrage à 5 000 exemplaires dont 345 vendus à ce jour, annonce une réimpression à 15 000 exemplaires.
À l’instar de Philippe Vasset, Eva Baltasar avait déjà été repérée par le prix Médicis et ne figurait sur aucune liste des grands prix d'automne de cette année. Finaliste en 2020 du prix du roman étranger pour Permagel, l’autrice catalane est venue prendre sa revanche avec Déclin et fascination, publié en Catalogne chez Club Editor et en France aux éditions Verdier, traduit du catalan par Annie Bats. Dans un roman « délirant et génial avec une force littéraire et un humour noir extraordinaire » selon les termes de la jurée Marie Darrieussecq, Eva Baltasar tisse le destin macabre d’une femme frappée par la crise du logement espagnol. « C’est la première fois qu’un prix Médicis est décerné à une œuvre écrite en catalan. C’est une grande joie pour Eva » s’est réjouie son éditrice catalane Maria Bohigas.
Un double couronnement pour le Médicis Essai
Pour la deuxième année consécutive, le jury Médicis a eu du mal à départager l’essai qui remportera son prix. Il l’a finalement décerné à Jean-Baptiste Del Amo pour Une Éclaircie, paru dans la collection « Ma nuit au musée » des éditions Stock. L'auteur y raconte cette nuit d'introspection en 2023, lors d'un voyage à Madrid sur les traces de Goya, au musée du Prado et à l'ermitage San Antonio de la Florida. En miroir des œuvres sombres du peintre, il livre une réflexion profonde sur l'épreuve de la maladie et la manière dont elle a bouleversé son existence ainsi que sa création.
Le jurés du prix Médicis se sont aussi autorisé, pour la deuxième année consécutive, à octroyer un prix spécial du jury, cette fois à Richard Zenith pour Pessoa, l’œuvre-vie (Seuil, traduit de l'américain par Nicolas Richard). Sans le déclarer dans le palmarès officiel, le jury a voulu distinguer l'œuvre si particulière de Richard Zenith.
« Le livre de Richard Zénith est un livre qui témoigne d’un travail absolument considérable qui nous a tous fascinés. Ce livre est si incroyable que l’on a décidé de le saluer », nous a confié Pascale Roze. L’éditeur Bernard Comment, représentant de Richard Zenith, absent de cette remise de prix, a salué lui aussi une œuvre colossale : « C’est un immense travail : 12 ans de travail et plus de 1 280 pages consacrées à l’univers extrêmement énigmatique de Fernando Pessoa ».
