Une journée pour s'interroger sur les données personnelles | Livres Hebdo

Par Cécilia Lacour, le 29.01.2018 à 19h46 (mis à jour le 29.01.2018 à 20h00) Bibliothèque

Une journée pour s'interroger sur les données personnelles

Sujet encore peu abordé en bibliothèque, la protection des données personnelles a été mise à l'honneur d'une journée d'étude organisée par l'Association des bibliothécaires de France (ABF). 

Près de 120 personnes - dont une grande majorité de bibliothécaires - ont suivi la journée d'étude "(Auto)censure et surveillance de masse, quels impacts pour les bibliothèques ?", organisée jeudi 29 janvier par la commission "Stratégie numérique" de l'Association des bibliothécaires de France (ABF) à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (Bulac) à Paris. 

Lois et règlements

Au cours de cette journée d'étude, des intervenants extérieurs au secteur de la bibliothèque - dont Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et Tristan Nitot, fondateur de l'association Mozilla Europe et auteur de Surveillance:// (C&F, 2016) - ont évoqué les nouveaux équilibres entre liberté et sécurité.

Ils ont également fait le point sur les lois et règlements entourant les systèmes de surveillance de communication, dont le premier remonte à 2006 en France, qui incombent aux établissements publics. À cet égard, Sophie Vuilliet-Tavernier, directrice des relations avec les publics et la recherche de la Cnil, a rappelé l'entrée en vigueur, le 25 mai prochain, du règlement européen sur la protection des données personnelles auquel devront se soumettre les acteurs de l'édition

Connexion sans trace

Afin de protéger les usagers, certains bibliothécaires, comme Chloé Lailic de l'INSA Rennes et membre de la commission "Stratégie numérique" de l'ABF, ont souhaité faire appel à Tor. "C'est un outil libre et légal qui permet de s'informer sans autocensure dans une société démocratique", affirme-t-elle.

Le projet Tor propose un navigateur web "qui rend la connexion la plus indiscernable possible: le lieu de connexion est inconnu et le fournisseur d'accès ne peut pas voir les sites consultés, explique Lunard, membre de Tor, qui ajoute que les historiques de navigation et les mots de passe ne sont pas stockés". Un plus pour les ordinateurs en accès libre, selon lui. 

Les obligations légales des bibliothécaires

Au cours de la journée, Arthur Messaud, juriste et membre de La Quadrature du Net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, a remis aux participants un court guide juridique des obligations en matière de vie privée et de liberté de communication, désormais disponible sur le site internet Netcommons.eu. "Il est important que chaque bibliothécaire puisse maîtriser le droit applicable à la protection des données personnelles pour pouvoir l'expliquer à sa hiérarchie", a-t-il insisté. 

Selon Arthur Messaud, il est notamment "interdit de censurer Internet aux personnes à qui on en donne l'accès. Sauf pour deux raisons: si l'accès à ces données représente un risque pour la sécurité du réseau et sauf si décision d'un juge ou de l'administration". Censurer l'accès à certains sites internet est condamnable, dans le cas des bibliothèques, à une amende de 150 000€. 

Dialogue et aménagement

Ne pas censurer Internet mais en expliquer l'écosystème aux usagers, tel est la philosophie portée par Chloé Lailic et Thomas Fourmeux, tous deux membre de la commission "Stratégie numérique" de l'ABF. "Les bibliothèques n'ont déjà pas le vent en poupe. Nous devons donc défendre les droits des usagers et non pas les empêcher, sinon on se tire une balle dans le pied", assure Thomas Fourmeux. Défendre leurs droits en commençant, selon lui, par changer de navigateur puis en engageant la discussion sur l'information sur le web afin de "donner les clés de la surveillance sans les culpabiliser". 

De même, selon Chloé Lailic, "rien que le fait de pouvoir voir ce qui se passe sur tous les écrans n'est pas normal. Il faudrait, autant que possible, réorganiser l'aménagement" pour garantir la libre pratique du web par les usagers. Dans ce sens, Thomas Fourmeux relate: "A San Francisco, une bibliothèque a été aménagée pour permettre aux usagers de consulter des sites pornographiques. A condition qu'ils gardent les deux mains sur le clavier". 
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