Concentration

Vincent Bolloré : « Vivendi est encore tout petit »

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Vincent Bolloré : « Vivendi est encore tout petit »

Face à des sénateurs inquiets de ses futurs acquisitions, l’homme d’affaires breton s’est érigé, mercredi 19 janvier, en défenseur de la culture française face aux Gafam. D’après lui, un mariage Hachette-Editis serait bénéfique pour l’édition.

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Par Pierre Georges ,
Créé le 20.01.2022 à 14h23

Auditionné mercredi 19 janvier par des sénateurs inquiets de son influence grandissante dans l’édition et les médias, Vincent Bolloré n’a eu de cesse de minimiser l’étendue du « nain » Vivendi face aux géants étrangers, tout en esquivant les questions sur son rôle politique. 

Alors que se prépare l’OPA sur le groupe Lagardère, devant lui permettre de mettre la main sur Hachette, en plus d’Editis, soit les deux premiers groupes éditoriaux français, Vincent Bolloré l’a assuré au Sénat : « le Vivendi d’aujourd’hui est infiniment plus petit que le Vivendi d’il y a 20 ans, qui ne posait à l’époque, aucun problème ». 

Premier actionnaire d’Editis et d’Hachette, de Canal+, de nombreux journaux (magazines de Prisma Media, Le JDD, Paris Match), d'un des poids lourds de la publicité/communication (Havas) et de la radio Europe 1, Vincent Bolloré (69 ans) est la figure qui illustre le mieux l'influence d'un empire médiatique sur l'opinion publique et son audition était à ce titre très attendue.

Hachette-Editis face aux Gafam

Sur le fond, il a présenté des diapositives et un argumentaire expliquant que le géant français des médias Vivendi qu'il contrôle est en réalité « encore tout petit » face au « vrai danger » de la concurrence étrangère des géants du net, les Gafam (Google, Amazon, Apple…). « Eux, ce qui les intéresse, c'est éventuellement de prendre pied en France et de normaliser le même film dans le monde entier, donc il y a peu de chances que ce soit la culture française qui s'en sorte », a-t-il argué. « Si c'est votre choix d'ouvrir la porte aux Gafam pour détruire Canal, vous faites ce que vous voulez et puis Canal se débrouillera, s’adaptera », notamment via des partenariats, a lancé l’homme d’affaires bretons aux sénateurs.

Aux mêmes maux les mêmes remèdes dans le secteur de l'édition, où « la plupart des gens (...) crèvent la faim », mais pourraient bénéficier d'un mariage Hachette-Editis. Une alliance qui « n'arrivera pas sans qu'il y ait des mesures qui soient prises en France » par les autorités de la concurrence, a-t-il reconnu. « Leur taille est trop importante », a-t-il ajouté. Rappelons qu’ensemble, Hachette (2,4 milliards d’euros de revenus en 2020, dont 1,2 milliard en France) et Editis (725 millions d’euros de chiffre d’affaires) représentent la moitié des revenus du secteur. Dans certains secteurs éditoriaux, comme la littérature de poche, le parascolaire ou les dictionnaires, les parts de marché cumulés dépassent allègrement les 50%. Sans parler du problème de la distribution sur laquelle une solution devra être trouvée pour satisfaire les régulateurs de la Commission européenne. 

17 février 2022 

Mais un essor de Vivendi est possible et souhaitable, avec l'objectif de promouvoir la culture française à l'étranger, a développé Vincent Bolloré. « Les médias, c'est le deuxième secteur économique le plus rentable aujourd'hui dans le monde, après le luxe. (...) Notre intérêt n'est pas politique et n'est pas idéologique: c'est un intérêt purement économique », a-t-il soutenu.

Une date est en tous cas en ligne de mire : le 17 février 2022. A l'occasion du bicentenaire du groupe familial, Vincent Bolloré a prévu à cette date de prendre sa retraite, abandonnant toute responsabilité dans le groupe, et passant la main à ses enfants, notamment à son fils Yannick Bolloré pour la partie éditoriale.

A noter que d’autres magnats de la presse et de l’audiovisuel passeront dans les prochains jours devant la commission d’enquête du Sénat, qui doit rendre en mars un rapport sur les conséquences économiques et démocratiques d'une telle concentration. Les auditions de Bernard Arnault, Patrick Drahi, Martin Bouygues ou Xavier Niel sont notamment prévues. Celle d’Arnaud Lagardère a été repoussé à une date encore non déterminée. 

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