Bilan 2019

2019 en 12 thèmes : censurés et persécutés, les auteurs en danger [3/12]

Liao Yiwu - Photo ELKE WETZIG - CC BY-SA 3.0

2019 en 12 thèmes : censurés et persécutés, les auteurs en danger [3/12]

Persécution des auteurs, publications censurées, arrestations abusives… Comme les précédentes, l’année 2019 a été marquée par une série d’atteintes à la liberté d’expression des écrivains.

Par Nicolas Turcev,
Créé le 18.12.2019 à 14h00,
Mis à jour le 18.12.2019 à 18h00

En matière de censure et de persécution des écrivains, les années se suivent et se ressemblent. 2019 aura prouvé que, loin d’être définitivement acquise, la liberté d’expression des auteurs et artistes est au contraire bafouée aux quatre coins du globe. Les exemples ne manquent pas.
 
Comme de coutume, la sexualité figure en tête des sujets les plus censurés. Dès janvier, une exposition littéraire a été interdite à la Maison France-Brésil de Rio de Janeiro par le gouverneur de l’Etat pour "nudité". Quelques jours plus tard, DC Comics renonçait à publier aux Etats-Unis une BD avec Jésus pour personnage principal, en réaction à une levée de boucliers de la droite chrétienne.
 
Marvel a, pour sa part, vu l’une de ses BD LGBT être censurée au Brésil pour homosexualité, tandis qu’en mars, un auteur québécois s’est retrouvé en garde à vue puis poursuivi pour "production et distribution de pornographie juvénile" pour avoir décrit dans son livre de fantasy une scène de viol incestueuse. De son côté, la plateforme Kindle a jugé qu’une bande dessinée pédagogique pour adolescents constituait une œuvre "pornographique".
 
Double peine
 
Déjà inquiétés par la censure de leur œuvre, les écrivains ont également été la cible de persécutions infligées, le plus souvent, par leurs gouvernements. Dans son numéro du 8 novembre, Livres Hebdo a fait l'état des lieux de la situation des écrivains poursuivis, intimidés ou emprisonnés dans le monde.
 
Parmi eux on retrouve l’Egyptien Alaa El Aswany assigné en justice par les autorités de son pays pour "insultes envers le président, les forces armées et les institutions judiciaires". L’auteur avait critiqué dans un livre les exactions du régime lors de la révolution de 2011. En avril, l’Allemagne expulsait un auteur vietnamien opposé au gouvernement de son pays malgré les potentiels risques de représailles.
 
Ahmet Altan et la Turquie obscurantiste
 
En 2019, les péripéties judiciaires du journaliste et écrivain Ahmet Altan, emprisonné par le régime turc, auteur d’un livre sur sa captivité paru chez Actes Sud, ont souligné l’arbitraire du régime. Condamné en 2018, puis rejugé cette année et relâché sous contrôle judiciaire début novembre, l’intellectuel a été arrêté une nouvelle fois une semaine à peine après sa libération. Les autorités lui prêtent un lien avec le prédicateur islamique Fethullah Gülen, opposant au régime exilé aux Etats-Unis.
 
Traumatisé par la tentative de coup d’Etat de 2016 que le régime impute à Gülen, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan a muselé les intellectuels critiques du pouvoir, au premier rang desquels se trouvent les auteurs. Le ministre de l’Education a ainsi détruit plus de 300000 ouvrages en rapport avec Fetullah Gülen, peu après avoir forcé la fermeture de plus d’un quart des maisons d’édition pour "diffusion de propagande terroriste", selon Pen International.
 
La Chine, championne de l’enfermement
 
La situation n’est pas plus rassurante en Chine, où l’éditeur et auteur Gui Minhai reste détenu par les autorités pour avoir publié des textes critiques du régime communiste. Par conséquent, la Suède, pays d’adoption de l’écrivain, a décidé de lui attribuer le prix Tucholsky qui récompense chaque année un écrivain ou un éditeur persécuté, menacé ou exilé. L’ex-ambassadrice de Suède en Chine est inquiétée dans ce dossier pour avoir tenté de négocier la libération de Minhai avec la Chine sans l’aval de son gouvernement.
 
De nombreux autres hommes et femmes de lettres ont fait les frais du zèle des autorités chinoises cette année. Dans un grand entretien à Livres Hebdo, le dissident chinois en exil Liao Yiwu dresse un portrait inquiétant de la situation pour les écrivains : "Pour publier et exister en Chine en tant qu’écrivain, il faut désherber votre texte et faire profil bas", estime celui qui a connu les violences de Tiananmen et des geôles de son pays.
 
En fin d’année, c’est le lanceur d’alerte Edward Snowden qui s’indignait des méthodes de l’Empire du milieu. Selon lui, plusieurs passages de son autobiographie, Mémoire Vive (Seuil), ont été coupés ou remaniés dans la traduction chinoise. Il en appelait aux internautes pour reconstituer une version fidèle et complète de son ouvrage dans la langue de Confucius. Un bel exemple d’effet Streisand, à rebours de l’intention des censeurs.

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