Le prix Apollinaire 2026, considéré comme le Goncourt de la poésie, couronne chaque année un recueil de poésie « caractérisé par son originalité et sa modernité ». Cette année, les trois lauréates sont des femmes. Laurence Vielle a été récompensée pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la parution du recueil Les vies de Jésus (Abrapalabra). Le prix Apollinaire découverte a quant à lui été décerné ex aequo à Éléonore Ghiuritan pour son recueil En pièce (LansKine) et Hortense Raynal pour Botte de foin suivi de J’affirme (Cambourakis).
Les deux prix ont été remis lundi 2 novembre au café Les Deux Magots en présence de sa présidente Catherine Mathivat, ainsi que de Lambert Wilson qui a lu des poèmes extraits des recueils récompensés.
Laurence Vielle, « poète d'utilité publique »
La poétesse, comédienne et performeuse belgo-suisse Laurence Vielle est née en 1968 à Bruxelles, où elle réside toujours, Parmi ses publications récentes figurent également Billets d'où (Le Castor Astral, 2023), Renaître suivi de Murmurations pour une pluie d'oiseaux (Al Manar/Voix vives, 2023), Allons marcher (maelstrÖm reEvolution, 2025) et De vous à nous, coécrit avec Aurélien Dony (maelstrÖm reEvolution, 2026).
En 2016-2017, elle a été poète nationale de Belgique. Se définissant comme une « poète d'utilité publique », elle développe une pratique scénique à travers des spectacles et des performances, anime des ateliers d'écriture et enregistre des capsules poétiques pour la radio. Son parcours a déjà été salué par plusieurs distinctions, dont le Grand prix de l'Académie Charles Cros en 2015 pour Ouf, le prix de consécration littéraire de la Scam Belgique en 2016, le prix des Découvreurs en 2017 et le prix de la critique en 2018 pour Burning.
Pour le juré Jean-Yves Reuzeau, Laurence Vielle « aime autant écrire les mots, jouer avec eux, que les porter, les chanter et les scander partout avec un punch étonnant ». Il souligne une poésie affranchie des influences d'école, portée par « une spontanéité, un mélange d'humour et d'émotion qui savent surprendre, toucher le lecteur autant que l'auditeur ».
Éléonore Ghiuritan et Hortense Raynal, les découvertes
Née en 1999, Éléonore Ghiuritan est une écrivaine d'origine roumaine qui a grandi entre Paris et Prague avant de poursuivre des études de sciences politiques au Royaume-Uni. Auteure de trois ouvrages, dont le roman Des Esseintes (Sans Crispation, 2026), elle enseigne aujourd'hui le français au collège et au lycée. Dans En pièces, elle revient sur son expérience du mannequinat, dans lequel elle s'est lancée à 15 ans en raison de son anorexie. Elle décrit ce milieu comme une « planque possible pour l'anorexie », dissimulée derrière les artifices de la mode et les photographies retouchées. Pour Jean Rouaud, son recueil est « une sorte de pop-up où le corps souffrant se déploie à chaque page », dont la puissance poétique laisse le lecteur « bouleversé, démuni face au chagrin ».
Hortense Raynal signe, quant à elle, son cinquième recueil avec Botte de foin suivi de J'affirme. Depuis Ruralités (Les Carnets du Dessert de Lune, 2021), récompensé par le Prix du premier recueil de poésie de la Fondation Antoine et Marie-Hélène Labbé, elle a publié Nous sommes des marécages (Maëlstrom, 2023), Bouche-fumier (Cambourakis, 2024) et Abandons (La Crypte, 2025). Dans son ouvrage primé, la poète explore les liens entre le monde rural et la matière du langage. Linda Maria Baros y voit une « véritable mythologie langagière », où le mot, à la fois brut et primordial, cherche sa forme propre jusqu'à faire émerger « la poésie nouvelle d'Hortense Raynal ».
Présidé par Jean-Pierre Siméon, le jury est composé de personnalités du monde de la poésie : Adeline Baldacchino, Linda Maria Baros (secrétaire générale), Tahar Ben Jelloun, Patricia Castex Menier, Philippe Delaveau, Anne Dujin, Jean Portante, Jean-Yves Reuzeau et Jean Rouaud.
Laurence Vielle succède à Étienne Faure couronné en 2025 pour Séries parisiennes (Gallimard). Pour le prix Apollinaire de la Découverte, tout comme l'année précédente avec Tom Buron et Laura Tirandaz, c’est un ex aequo qui prime.
Ces prix sont dotés grâce à Catherine Mathivat, présidence des Deux Magots, avec le soutien de Delaunay Vins et domaines et la complicité du Printemps des Poètes.