Grands prix d'automne 2026

Yannick Haenel remporte le prix Femina 2026

Yannick Haenel, lauréat du prix Femina 2026 - Photo Olivier Dion

Yannick Haenel remporte le prix Femina 2026

Avec son roman La solitude des professeurs est infinie (Gallimard), Yannick Haenel, finaliste malheureux du prix Goncourt, obtient le prix Femina 2026. En roman étranger, Laura Kasischke l'emporte avec Baignade surveillée, également chez Gallimard. Dans la catégorie essai, Jennifer Tamas est récompensée pour Barbe Bleue contre enquête (Seuil).

Par Jacques Braunstein, Charles Knappek
Créé le 04.11.2026 à 13h00

Ce mercredi 4 novembre, le jury du prix Femina s’est réuni au 30 Montaigne, nouvelle adresse qui prend cette année la suite du musée Carnavalet pour proclamer ses lauréats. 

Les jurées ont distingué Yannick Haenel pour La solitude des professeurs est infinie, paru aux éditions Gallimard. Écoulé à plus de 45 000 exemplaires à ce jour, ce récit des débuts d’un professeur agrégé affecté dans un collège de banlieue a déjà reçu le prix Strasbourg Bibliothèques idéales, créé cette année. Il figurait aussi parmi les finalistes du prix Goncourt remporté mardi 3 novembre par Philippe Jaenada pour L'inconnue du quai de Javel (Flammarion).

Un roman d’apprentissage

Yannick Haenel l'a emporté au deuxième tour avec six voix contre deux voix pour Emma Marsantes avec N'efface pas mes cercles (Verdier) et deux voix pour Lucie Rico avec Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? P.O.L). Les autres finalistes étaient David Djaïz pour La Méthode (Stock) et Elise Lespade pour Paradisi Gloria (Le cercle ouvert).

« Ce roman d’apprentissage alterne scènes cocasses, Jean Deichel le narrateur, réside dans un club de tennis, et regard métaphysique sur sa condition, il est pris de délires inquiétants. Dressant un portrait riche et singulier des professeurs, La solitude des professeurs est infinie dépeint avec justesse la « première fois devant les élèves, dans la salle des profs, devant la grille, dans le bureau du proviseur ; premiers faux pas, premières suées, premiers émois amoureux aussi (…) qui s'effondrent comme le reste, peu à peu. On voit alors Jean se replier sur lui-même, fuir le réel et s'enfermer dans un sentiment de solitude que le lecteur éprouve avec lui », notait dès le mois de juin notre collaboratrice Julie Malaure.

Le petit chelem pour Madrigall

L'attribution du prix Femina à Yannick Haenel permet au groupe Madrigall de réaliser le petit chelem dans les grands prix d'automne. La holding familiale d'Antoine Gallimard a en effet remporté lundi le prix Médicis avec Dans les grandes lignes de Philippe Vasset (Flammarion), suivi mardi du prix Goncourt pour Philippe Jaenada et du prix Renaudot pour François-Henri Désérable avec Le Palais (Gallimard). Seul le Grand prix du roman de l'Académie française, attribué le 29 octobre à Sébastien Lapaque pour Le rappel des oiseaux (Actes Sud), lui échappe.

Laura Kasischke en roman étranger, Jennifer Tamas en essai

Dans la catégorie roman étranger, Laura Kasischke est couronnée pour Baignade surveillée (Gallimard, traduit de l'américain par Céline Leroy). Ce roman dans lequel l'autrice retrace les heures précédant la noyade tragique du jeune Richie Manning est notamment lauréat du Palmarès Livres Hebdo des libraires 2026. Il s'est à ce jour vendu à plus de 16 000 exemplaires. Laura Kasischke s'est imposée dès le premier tour avec six voix, devant Paul Murray, La piqûre d'abeille (Albin Michel, traduit de l'anglais par Pierre Demarty), qui a recueilli trois voix. Gustavo Faveron Patriau pour Les lieux souterrains (Bourgois, traduit de l’espagnol, Pérou, par Robert Amutio) et Katie Kitamura pour L'audition (Stock, traduit de l’américain par Céline Leroy) ont chacun obtenu un suffrage.

Enfin en essai, c'est Jennifer Tamas qui a remporté les suffrages avec Barbe Bleue contre enquête (Seuil), livre dans lequel l'autrice enquête sur le conte de Barbe bleue pour en révéler les ressorts profonds : domination masculine, féminicide et violences conjugales. En analysant les textes de Perrault et des archives du XVIIe siècle, elle explore la complexité du désir, de la séduction et du secret de l'époux monstrueux. Paru le 28 août, il s'est à ce jour vendu à plus de 1 600 copies. Jennifer Tamas s'est elle aussi imposée dès le premier tour avec sept voix, devançant Stéphanie Genand pour Germaine de Staël, une femme d'exception (Perrin) avec trois voix et Mathieu Roger-Lacan pour Une langue à soi (Stock) avec une voix.

Jean Deichel, double de papier de Yannick Haenel

Né en 1967 à Rennes, Yannick Haenel est fils d’officier, agrégé de lettres moderne il a enseigné le français au lycée jusqu’en 2005. Il est le fondateur de la revue Ligne de risque en 1997, a participé à la revue de Philippe Sollers, l’Infini (Gallimard) et a de nombreuses autres publications comme la revue érotique Possession Immédiate. Il anime désormais la revue Aventures (Gallimard) et la collection qui en est issue.

Son quatrième roman, Cercle (2007), une errance à travers l’Europe dont le protagoniste se nommait déjà Jean Deichel obtient les prix Décembre 2007 et Roger-Nimier 2008. Le suivant Jan Karski paru en 2009, s’attache au résistant polonais qui a révélé l’existence des camps d’extermination. Il lui vaudra les prix Interallié et du roman Fnac et donna lieu à une polémique avec Claude Lanzmann qu’il citait comme source.

En 2017, son roman Tiens ferme ta couronne, dans lequel Jean Deichel, encore, était devenu scénariste, est finaliste du prix Goncourt et se voit distingué par le prix Médicis. Ce qui fait aujourd’hui de Yannick Haenel l’écrivain le plus récompensé par les grands prix d’automne.

Dans La solitude des professeurs est infinie, Jean Deichel, jeune professeur de français, fait son stage dans un collège de la banlieue parisienne. La nuit, il loge dans un club de tennis à Deuil-la-Barre ; le jour, il découvre les difficultés du métier en même temps que ses joies profondes, la violence de l’École en même temps que sa beauté. Jean est aussi un poète ivre d’aventure, attentif à trouver la lumière de la « vraie vie » au cœur du quotidien le plus gris : dans des jardins réels ou rêvés, au bord d’un lac, lors d’évasions à Pompéi et à Tarquinia, mais surtout dans la grâce fragile d’un cours réussi. Entre réalité politique et mystère existentiel, la vie des profs est un roman.

 

Le jury du prix Femina 2026

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