En 1930, lorsque Jean Giono achète la maison du Paraïs pour 35 000 francs, les hauteurs de Manosque sont encore une zone rurale. Aujourd'hui, en pleine ville, on y monte par une route étroite, et la vue s'y ouvre sur les toits de la vieille ville et les collines de Haute-Provence. C'est ici que Jean Giono vivra 40 ans, en famille, et écrira l'essentiel de son œuvre.
Fermée fin 2023, la maison a rouvert en mai 2026 au terme d'une réhabilitation complète : bâti, jardin, mobilier, plus la construction d'un pavillon d'accueil abritant une librairie. Coût de l'opération : 2,8 millions d'euros financés par la Ville, propriétaire des murs depuis 2016, et par un important effort de mécénat : la Fondation du patrimoine, le Loto du patrimoine, Axa, L'Occitane en Provence… Le dossier avait pris son élan après la visite d'Emmanuel Macron sur place en 2021.
« Pas une maison d'écrivain, mais une maison de famille »
« La maison souffrait beaucoup, nous avions dû fermer », résume Gisèle Guldalian, directrice du Paraïs. Le chantier a supposé de déménager entièrement les lieux, meuble par meuble et livre par livre. « Nous n'avons pas vidé une maison d'écrivain, mais nous avons vidé une maison de famille », ajoute la directrice. Tout le mobilier appartient en effet toujours à la famille Giono, et la restauration s'est faite à l'identique, d'après les photographies d'époque et la mémoire de Sylvie Giono, la fille de l'écrivain, 92 ans, et habitant toujours à côté.
L'un des bureaux de travail de Jean Giono- Photo PG LHPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le résultat produit l'effet escompté : pas de cordons, pas de vitrines, pas de zones interdites à la visite. De cuisines en salons, on déambule dans la maison de Jean Giono telle qu'il l’a laissée. Chaussures et sacs de randonnée sont posés par terre dans l'entrée comme si l'écrivain décédé en 1970 allait surgir à tout instant, des tableaux de Bernard Buffet et Lucien Jacques restent accrochés aux murs, la cuisine et les salons sont meublés comme s'ils venaient d'être quittés. « Ce n'est pas un musée mais une maison habitée, ouverte. Ce sont les admirateurs et les amis de Giono qui ont sauvé ce patrimoine », ajoute Sandra Faure, adjointe à la culture à la ville de Manosque.
8 500 livres et un phare
Le cœur du lieu reste ses bibliothèques : 8 500 volumes répartis dans toute la maison, d'ouvrages de la Pléiade à des collections de romans policiers en passant par des encyclopédies entières. On monte d'étage en étage jusqu'au « phare », le bureau perché sous les toits d'où Giono écrivait face à Manosque et à la Provence.
La visite se fait en groupes de huit, pendant 1h15, pour 10 euros. Nouveauté issue du chantier : le Centre Giono, jusqu'ici installé en ville, a été regroupé avec la maison, et l'ensemble est désormais ouvert toute l'année. Conférences et colloques s'y tiennent régulièrement. Et quatre mois après la réouverture, les résultats d'un tel chantier se font déjà ressentir. « La fréquentation a déjà doublé par rapport à l'avant-travaux », se réjouit Sandra Faure.
Tout est présenté tel que Giono a laissé sa maison. Ici, un agenda...- Photo PG LHPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Maison de Jean Giono – Le Paraïs, montée des Vraies-Richesses, 04100 Manosque. Visites sur réservation, 10 €. Plus d'informations : https://www.lesamisdejeangiono.fr/ et https://centrejeangiono.com/visiter-le-parais/


