Nouvelle venue dans le paysage de l’édition indépendante, Vents Contraires, maison fondée par Iris Delhoum et Elsa Pradier, entend faire du livre un espace de débat intellectuel et politique. Installée à Marseille, la structure revendique un double ancrage marseillais et parisien et s’inscrit dans la continuité du Festival du livre indépendant et politique (FLIP), dont les deux éditrices sont membres fondatrices.
Toutes deux disposent d’une expérience dans le secteur du livre. Iris Delhoum a été éditrice pendant quatre ans aux éditions Agone, où elle était chargée de la sélection et du suivi des manuscrits, ainsi que de l’édition, de la presse et des rencontres. Elsa Pradier a d’abord travaillé comme libraire en région parisienne, avant de rejoindre les éditions Amsterdam, où elle était chargée des relations avec les libraires et du suivi éditorial.
« Décentrer les enjeux éditoriaux de l'hypercentre parisien »
Ce nouveau projet s’inscrit dans la continuité du FLIP, dont les deux éditrices sont membres fondatrices. Le festival marseillais réunit une trentaine de maisons indépendantes et cherche à faire connaître leur production au-delà du seul paysage parisien.
La maison sera, elle aussi, domiciliée à Marseille et revendique cet ancrage comme un élément constitutif de son identité. « La réflexion de la maison s’axe autour de celle du FLIP festival, soit décentrer les enjeux éditoriaux de l’édition indépendante du seul hypercentre parisien », rappelle Iris Delhoum.
Cette volonté de décentrement ne signifie toutefois pas de tourner le dos à Paris, où se concentre une grande partie de l’écosystème éditorial. Il s’agit plutôt, pour les fondatrices, de faire exister un autre point d’ancrage pour l’édition indépendante et de prolonger le travail commencé avec le festival : « Maintenir une plateforme pour pouvoir tenir des discours politiques sur l’indépendance éditoriale et certains sujets politiques en France et à l’international ».
Une campagne de financement participatif est par ailleurs lancée mercredi 30 septembre pour accompagner son lancement.
Une ligne éditoriale engagée
L’engagement constitue l’un des piliers du projet. Les deux éditrices souhaitent publier « un ensemble d’ouvrages dont les auteurs et autrices montrent un engagement dans leur discipline, dans les objets de recherche qu’ils et elles ont choisis », rappelle Iris Delhoum. Les sciences sociales doivent notamment permettre de nourrir une réflexion politique à partir d’un travail fondé sur la recherche et les faits.
Elsa Pradier revendique ainsi une maison « engagée », tout en distinguant la ligne éditoriale des engagements personnels des deux fondatrices, qui militent notamment sur des questions liées au féminisme, à l’environnement ou encore aux droits des étrangers.
L’indépendance éditoriale constitue également un engagement en soi : « Nous avons la volonté de proposer une cohérence entre la ligne de la maison, l’indépendance et les livres que nous publions ». Dans un secteur marqué par la concentration, Iris Delhoum estime qu’il est politique de se « positionner en tant qu’éditeur indépendant dans le contexte de concentration que l’on connaît aujourd’hui ».
Trois collections pour éclairer le présent
Au lancement, le catalogue sera organisé autour de trois collections : une consacrée à la sociologie, une deuxième plus généraliste dédiée aux sciences humaines et une troisième à la littérature.
La collection « Retour aux faits », dirigée par Charles Bosvieux-Onyekwelu, sociologue et chargé de recherche au CNRS, sera celle consacrée aux sciences sociales. Elle entend mettre en avant « leur capacité à éclairer le cours du monde dans lequel nous vivons », en privilégiant les ouvrages fondés sur l’enquête, l’examen des faits et une information « exacte et étendue ».
La réflexion collective
Pour accompagner ce travail, la maison s’appuiera également sur un comité de lecture consultatif composé de chercheurs et chercheuses issus de différentes disciplines des sciences humaines et sociales, ainsi que de professionnels disposant d’une expérience dans l’édition.
« Nous tenions à remettre au centre de la maison les débats intellectuels, ce qui vaut aussi pour la méthodologie que nous emploierons, en nous adressant à des personnes qui sont intéressées par ces idées », explique Elsa Pradier. La maison souhaite enfin poursuivre le partenariat engagé avec les éditions Barzakh, maison d’édition algéroise créée en 2000.
Anatomie d’une « démocratie » coloniale. Ce que la droite israélienne révèle du sionisme, de Nitzan Perelman Becker, Réguler la télé. La liberté d’expression à l’épreuve des chaînes d’information, de Pauline Trouillard- Photo VENTS CONTRAIRESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Cinq titres pour une première année
Si la maison ambitionne d’étoffer progressivement son catalogue au fil des années, elle fera déjà paraître cinq titres dès sa première année. La production passera ensuite à six titres en 2027, puis huit, avant de se stabiliser autour de 12 à 15 publications annuelles.
Deux premiers ouvrages sont annoncés pour février 2027. Anatomie d’une "démocratie" coloniale. Ce que la droite israélienne révèle du sionisme, de Nitzan Perelman Becker, sera tiré à 3 000 exemplaires. Il sera suivi de Réguler la télé. La liberté d’expression à l’épreuve des chaînes d’information, de Pauline Trouillard, prévu à 4 000 exemplaires.
Deux titres qui s’inscrivent dans une actualité politique particulièrement dense et dont les thématiques devraient trouver un écho dans les débats de la prochaine campagne présidentielle.
Avec cette nouvelle maison, Iris Delhoum et Elsa Pradier entendent ainsi prolonger l’expérience du FLIP sur le terrain éditorial : faire vivre une édition indépendante depuis Marseille, donner une place aux sciences sociales dans l’espace public et défendre le livre comme lieu de débat. Leur ambition tient en quelques mots : « Des débats intellectuels, la possibilité pour les sciences sociales d’exister dans l’espace politique et vive l’édition indépendante et la littérature ! »

