Crimes et botanique. À Dosan, un quartier coréen fictif, on la remarque à peine, mais sur les réseaux sociaux, on ne parle que d'elle. Derrière sa façade sobre, au moins autant que son nom, Plantes, boutique est moins un magasin qu'une jungle, où s'épanouissent les plantes les plus étonnantes. Sa propriétaire, Yuhui, ne vous répondra pas sur Instagram. En revanche, elle le fera en détail par mail, proposant ses services de fleuriste, et bien plus encore... Car Plantes, boutique n'est pas seulement le refuge d'une vie végétale luxuriante mais aussi celui des femmes désespérées, celles qui tressautent à la réception d'un SMS de leur conjoint, qui rentrent chez elles tous les soirs la boule au ventre. Et pour Yuhui, « les hommes violents font de très bon engrais »...
La dame aux plantes est moins un thriller que la succession de portraits de femmes, peints avec une tonalité singulière, froide et imperturbable. La violence n'y est pas questionnée mais inévitable, symptôme implacable d'un monde dysfonctionnel où se faire justice soi-même est la seule solution. Comme ses plantes, Yuhui porte en elle une « force de survie extraordinaire, même face aux pires catastrophes ». Et, comme la nature, elle peut aussi se montrer impitoyable.
L'année 2024 a connu un boom de la littérature coréenne traduite en français, et notamment de ce qu'on appelle le « K-Healing ». Contraction de korean et healing (« guérir »), cette tendance fut représentée par des titres à succès comme Bienvenue à la librairie Hyunam de Hwang Bo-reum (Picquier, 2024). Célébrée pour ses vertus feel-good, elle offrait un remède, un rempart à l'hostilité du monde réel. Le best-seller international La dame aux plantes, bien qu'il dépeigne aussi un lieu de rencontres entre désœuvrés, envisage le remède tout autrement. Minyoung Kang l'a d'abord exploré dans une nouvelle, rédigée lors d'un atelier d'écriture. À la restitution des textes, un participant lui avait demandé : « Vous ne trouvez pas que les hommes de votre récit meurent pour des raisons un peu futiles ? » La dame aux plantes apporte, à sa façon, un palliatif, en l'occurrence une violence cathartique face à ces « raisons » qui en effet apparaissent encore à certains comme « un peu futiles ».
La dame aux plantes
Verso
Traduit du coréen par Pierre Bisiou et Choi Kyungran
Tirage: 17 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 224 p.
ISBN: 9782386433504
