L'année tremble encore du fabuleux succès du catalogue de l'exposition John Singer Sargent. Éblouir Paris. Une vente colossale autour de 18 000 exemplaires chez Gallimard, pour une exposition record, avec plus de 390 000 visiteurs au Musée d'Orsay, couronnée du 8e prix J'aime le livre d'art, organisé chaque fin d'année par le SNE.
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Il faut dire que, sur place, sitôt la visite terminée, que trouve invariablement le visiteur sur son trajet ? La librairie. Difficile alors de ne pas jeter un œil au catalogue, dont les exemplaires en rang d'oignons attendent d'être feuilletés. Ces volumes somptueux sont entrés de longue date, en 1673 précisément, dans les mœurs des amateurs d'art et, depuis, dans les comptes des éditeurs.
Extrait du catalogue de l'exposition Zurbarán, qui se tiendra au Louvre jusqu'au 25 janvier, édité au Seuil.- Photo © MUSÉE DU LOUVRE, PARIS, 2026 / LE SEUIL, PARIS, 2026 / PHOTO ALLEN PHILLIPS / WADSWORTH ATHENEUMPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
À la différence du beau livre lancé seul dans le vaste monde, le catalogue dispose d'un sujet, d'une actualité et d'un premier public. Une sorte de matelas garanti, une assurance-vie contre le vide, qui a de quoi susciter les convoitises.
« C'est le haut du panier, lance Nathalie Beaux, directrice du livre illustré au Seuil. Il est évident qu'on veut tous faire des catalogues d'exposition », reconnaît-elle, évoquant un secteur de fait « extrêmement concurrentiel », où les éditeurs se retrouvent « un peu tous sur les rangs » des appels d'offre. La maison a décroché celui de l'exposition Zurbarán au Louvre, l'un de ses gros enjeux de l'automne. La Martinière coédite avec le Mucem le catalogue de Manger les images, Hazan avec Orsay le Mary Cassatt. L'indépendante et l'exposition immersive Bartholdi.
Chez Gallimard, on nous explique les nuances de l'exercice, avec conséquences sur les bénéfices : partenariat avec préachat, société en participation, consultation restreinte ou appel d'offres public. Une « petite cuisine », où comptent « le relationnel, la qualité et la reconnaissance des équipes », souligne malicieusement Nathalie Bailleux, directrice du livre illustré chez Gallimard. Certaines chasses restent néanmoins bien gardées. Paris Musées publie les catalogues des 14 musées municipaux de la capitale, tandis que GrandPalaisRmnÉditions truste la majeure partie des expositions organisées au Grand Palais, Branly et autres musées nationaux.
Chez Place des Victoires, on la joue fine. Plutôt que d'essayer d'attraper la queue du Mickey, on conçoit des ouvrages afférents. « On est à côté de l'exposition, mais on n'y est pas collé », résume-t-on.
Circuit court
La Fondation Cartier fait bande à part. Installée place Royale depuis octobre 2025, ici foin de course. Tout se déroule en circuit fermé. Depuis sa création, en 1984, la Fondation est « éditeur en propre ». Une équipe permanente de cinq personnes maîtrise toute la chaîne. Plus de 250 titres, vendus entre 39 et 50 euros, ont ainsi été publiés en 42 ans. Les tirages oscillent entre 8 000 et 15 000 exemplaires, soutenus par une diffusion internationale.
Mais la Fondation bénéficie surtout de sa propre librairie : les livres vendus sur place échappent aux commissions des intermédiaires et contribuent à équilibrer les budgets. En revanche, à l'étranger, le bénéfice immédiat compte moins que le rayonnement du mécène et sa fondation : « Ce qui est important, c'est d'avoir une visibilité et d'être présent dans les librairies des grands musées du monde. » nous explique Adeline Pelletier, directrice du patrimoine.
Sueurs froides
La fabrication commence au moins 18 mois avant l'ouverture. Mais, avec des artistes vivants, certaines œuvres n'existent pas encore lorsque se dessine le chemin de fer. Pour intégrer des installations, il faut parfois organiser une prise de vues à la toute fin du montage, quelques jours avant l'inauguration.
Le catalogue peut alors paraître jusqu'à deux mois après l'ouverture. Pour une exposition qui en dure quatre, la moitié de la période de vente s'est déjà envolée. « Ce sont des arbitrages à faire », soupire Cécile Provost, habituée à ces crève-cœurs en qualité de responsable des éditions.
Capitaliser sur le futur
La Fondation conçoit de surcroît des ouvrages capables de survivre à l'événement. La sélection peut s'élargir à l'ensemble de la pratique de l'artiste, s'enrichir d'images ou de contributions inédites, afin de transformer le catalogue en monographie. Ainsi est né Cherry Blossoms, fleuron de la maison, qui ne s'est pas contenté de reproduire la trentaine de toiles de Damien Hirst, mais l'intégralité d'une série de plus de 100 œuvres. Généreux dans ses formats et dépliants, l'ouvrage s'est écoulé à plus de 20 000 exemplaires malgré son prix de 72 euros. Même philosophie pour celui consacré à Olga de Amaral, publié à l'occasion de l'exposition présentée en 2024-2025 et déjà écoulé à plus de 10 000 exemplaires.
Ainsi, le temps long finit par payer : 30 % du chiffre d'affaires des éditions de la Fondation provient du fonds. Le catalogue de Nous les Arbres a dépassé les 14 000 exemplaires ; et L'Architecture des arbres, publié dans son sillage, adaptation française d'un ouvrage italien, vendu 95 euros, a été réimprimée quatre fois. « On capitalise sur le futur », résument les deux piliers de la maison, prouvant que la véritable victoire commence à la fermeture des portes.

