Les sénateurs face à Catherine Pégard. Auditionnée mardi 3 novembre par la commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport de la chambre haute, la ministre de la Culture a notamment été invitée à préciser les arbitrages du Projet de Loi Finance (PLF) 2027 concernant la culture. Face aux inquiétudes concernant l’industrie du livre et la potentielle suppression du Centre national du livre, la ministre a tenté de tenir le cap.
1,5 million d'euros pour les librairies indépendantes
La sénatrice Laure Darcos (LR) a alerté la ministre sur la fragilisation financière du CNL prévue dans le PLF 2027. Elle a notamment demandé de revenir sur l’aide supplémentaire de 1,5 million d'euros, fléchée vers le soutien aux librairies indépendantes, particulièrement dans les territoires. À cette question, la ministre a déclaré ne pas connaître ce montant avant de poursuivre : « Malheureusement, nous sommes confrontés souvent à des rêves, [...] qui sont la reproduction de ce qui devrait être souvent la réalité mais il faut affronter la période qui est la nôtre avec réalisme et lucidité même si nous devons pour cela, déplaire ou contrarier ».
Catherine Pégard a voulu également rappeler son soutien au CNL. « Dans ce contexte très contraint, nous avons réussi à ce que ces moyens d'intervention restent constants grâce à l'utilisation de réserves importantes en 2026 : près de 22 millions de subventions. Les réserves de l'établissement permettent de maintenir en 2027 un niveau d'intervention stable ; c'est ce qui me semblait l’essentiel », a-t-elle déclaré.
La sénatrice a également proposé de réorienter vers le CNL les 5 millions d'euros initialement alloués au FALIB, un fonds d'avances de trésorerie destiné aux librairies indépendantes et géré par l'IFCIC. Lancé en 2013 par Aurélie Filippetti sous la présidence de François Hollande, ce dispositif a jusqu’alors été faiblement sollicité par la profession et pourrait, selon la sénatrice, voir ses crédits disponibles bénéficier au CNL afin de renforcer les moyens consacrés aux librairies. Une proposition éludée par la ministre.
Une taxe pour les grandes plateformes
Le sénateur Jean-Gérard Paumier (LR) a quant à lui rappelé l’amendement au PLF d’Aurélien Rousseau et Laure Miller, rejeté de justesse lundi 2 novembre à l’Assemblée, qui proposait « la création d’une contribution affectée, prélevée sur les ventes en lignes réalisées en France par les plateformes qui génèrent un chiffre d’affaires supérieur à 10 millions d’euros, seuil retenu pour ne pas fragiliser les librairies indépendantes qui se sont lancées dans la vente numérique ». La ministre ne lui a pas répondu.
Rappel de la situation du CNL
Le 15 septembre, une commission spéciale du Sénat avait réuni Régine Hatchondo et Olivier Lombardie, respectivement présidente et directeur général du Centre national du livre. À cette occasion, ils ont défendu l'organisme face à la proposition de loi portée par les sénateurs Les Républicains Pauline Martin et Mathieu Darnaudont de diluer ses prérogatives et ses crédits à la direction générale des Médias et des Industries culturelles, au sein du ministère de la Culture au 1er janvier 2027.
Le CNL a déjà subi une baisse des moyens qui lui étaient alloués. Son budget est passé de 26,7 millions d'euros en 2025 à 22,39 millions en 2026. Pour 2027, son enveloppe devrait atteindre environ 23,875 millions d'euros, grâce notamment à une rallonge de 1,5 million destinée au soutien des librairies indépendantes. Une enveloppe qui ne suffira pas à éponger les 5,3 millions d’euros de déficit que le CNL a enregistrés en 2026.
Concernant les librairies, les aides directes de l’État au secteur sont passées de 23,2 millions d’euros en 2025 à 17,4 millions en 2026, soit une baisse de 25 %. Le projet de loi de finance 2027 prévoit de maintenir ce niveau de crédits, sans rétablir les sommes perdues. La situation a suscité une mobilisation inédite de près de 60 organisations professionnelles, réunies par le hashtag #SauvonsLaLecture.
